106 - 2009, DPA 174 - Modalités de passation et attribution du marché de maîtrise d'oeuvre, demandes de permis de démolir et de construire pour la construction d'un institut des cultures d'Islam sur deux sites, 53-55 rue Polonceau et 56 rue Stephenson (18e).
M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint, président. - Nous examinons le projet de délibération DPA 174 relatif aux modalités de passation et d'attribution du marché de maîtrise d'œuvre, aux demandes de permis de démolir et de construire pour la construction d'un Institut des cultures d'Islam sur deux sites, 5355, rue Polonceau et 56, rue Stephenson, dans le 18e arrondissement.
La parole est à M. Daniel VAILLANT, pour le groupe socialiste, et maire du 18e arrondissement.
M. Daniel VAILLANT, maire du 18e arrondissement. - Merci, Monsieur le Maire.
Le maire du 18e arrondissement que je suis se réjouit de voter ce jour ce projet de délibération qui marque enfin le lancement concret d'un projet qui nous tient particulièrement à cœur, je veux parler de l'Institut des cultures d'Islam.
La Ville de Paris a en effet décidé la réalisation de cet Institut à la Goutte d'or, fruit d'une très longue réflexion et concertation, et je salue ici le travail opiniâtre, à la fois de mon adjoint Michel NEYRENEUF, d'Hamou BOUAKKAZ dans la précédente mandature, de Guillaume HOUZEL et de bien d'autres.
Cet Institut a pour ambition de doter le quartier d'un nouvel équipement de qualité permettant à ses habitants musulmans et non musulmans de disposer d'un lieu d'échange et de partage, un lieu proposant des activités universitaires, culturelles, mais aussi cultuelles.
Paris accueille toutes les langues, cultures et confessions. Le culte musulman s'y exerce régulièrement depuis plus d'un siècle.
Au lendemain de la première guerre mondiale fut décidée l'édification avec le concours de la municipalité de la Grande Mosquée de Paris en reconnaissance aux musulmans morts pour la France.
Aujourd'hui, comme beaucoup de villes en France, Paris et le 18e arrondissement souffrent d'un manque de lieux permettant la pratique digne du culte musulman.
Le spectacle de ces centaines de fidèles priant chaque vendredi dans la rue est à cet égard affligeant.
Défenseur depuis toujours de la laïcité, je ne peux me satisfaire de cet islam des caves, ceci est particulièrement vrai dans le quartier de la Goutte d'or.
Les habitants musulmans y sont nombreux, les salles de prières exiguës et, pour ma part je le dis, indignes de la pratique de ce culte.
Tous les vendredis se pressent les fidèles autour des deux mosquées jusqu'à envahir l'espace public et prier dans la rue dans des conditions indignes, tant pour les pratiquants que pour les riverains, habitants et commerces.
L'Institut des cultures d'Islam a été conçu pour répondre à ces enjeux. Etablissement original, il superpose une dimension culturelle et scientifique dont la Ville de Paris a pris l'initiative et une dimension cultuelle gérée par une association "ad hoc" à caractère purement privé.
Inspiré par les plus belle réussite de l'âge d'or islamique inscrit dans notre contexte laïque et moderne, l'Institut des cultures d'Islam fait résolument le choix d'une démarche populaire, vivante et ouverte.
Il ambitionne simultanément d'apporter des solutions aux tensions de voisinage, d'être un établissement faisant la fierté de son quartier et de contribuer au rayonnement international de Paris.
Accueilli sur deux terrains distincts, respectivement de 970 mètres carrés et de 535 mètres carrés, situés au 55, de la rue Polonceau et au 56 de la rue Stephenson, l'Institut des cultures d'Islam aura une surface globale d'environ 4.000 mètres carrés.
Le site de Polonceau, à proximité du boulevard Barbès, déclinera plutôt des activités intéressant le grand public, tandis que l'autre site inscrit dans un tissu urbain plus contraignant et dans un secteur plus résidentiel offrira davantage d'activité à l'échelle du quartier.
Les deux emplacements proposeront, l'un et l'autre, des activités culturelles et des activités cultuelles animées par deux structures distinctes.
La majeure partie des surfaces est ainsi bâtie sous la responsabilité de la Ville qui prévoit d'y investir environ 22 millions d'euros. Elle accueillera un programme pluridisciplinaire, culturel et de recherche, conçu en complémentarité avec les dispositifs existants à l'échelle du quartier et de l'agglomération.
Spectacles, expositions, créations contemporaines, cours de langue, ateliers, conférences débats dans un esprit d'université populaire, espaces ressources documentaires...
Une partie minoritaire sera vendue en V.E.F.A., vente en l'état futur d'achèvement, à une association cultuelle financée sur des fonds entièrement privés, respectant strictement le cadre légal fixé par la loi de 1905 qui interdit aux Collectivités territoriales de financer directement la construction de lieux de culte.
En décidant la réalisation d'un Institut des cultures d'Islam dans le secteur de la Goutte d'or au cœur d'un quartier emblématique d'une présence musulmane désormais inscrite dans l'histoire longue de Paris, la Ville de Paris apporte une solution concrète, digne et respectueuse du droit de pratiquer un culte et donc respectueuse du principe républicain de laïcité.
Cette laïcité, au cœur de mon engagement politique depuis toujours en vaut bien d'autres. Elle se veut garante de l'égalité dans l'accès au culte de son choix et garante du respect de celles et ceux qui, comme moi, ne pratiquent aucun culte.
L'athée que je suis a d'ailleurs été le Ministre des Cultes de notre République de 2000 à 2002. Comme je le disais toujours aux responsables cultuels, je suis au moins dans la neutralité puisque je suis équidistant avec chacune et chacun d'entre vous.
L'institut des cultures d'Islam devra donc permettre aux croyants de pratiquer leur culte dans un lieu digne et clos, la prière dans la rue ne pouvant plus désormais être tolérée.
Nous organiserons une réunion publique de présentation du projet architectural le 7 avril à la mairie du 18e arrondissement.
Pour toutes ces raisons, j'appelle à voter pour ce projet de délibération.
Je vous remercie de votre attention, de votre patience à cette heure. J'espère pouvoir partager avec vous la résolution et la volonté de voir cet Institut enfin voir le jour sous des formes légales.
J'espère donner aussi une espérance à celles et ceux qui, musulmans, habitent notre Capitale.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, radical de gauche et apparentés, communiste, du Mouvement républicain et citoyen et "Les Verts").
M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint, président. - La parole est à Mme Laurence GOLDGRAB, pour le groupe socialiste, radical de gauche et apparentés.
Mme Laurence GOLDGRAB. - Monsieur le Maire, merci.
Les radicaux de gauche soutiennent l’Institut des cultures d’Islam en tant qu'institut culturel.
Nous rendons hommage à la volonté de la Ville de respecter la loi de 1905, dès lors que la partie cultuelle de l’I.C.I. ne sera pas financée par les contribuables parisiens.
Mais nous tenons à souligner que l'I.C.I. n'a pas vocation à s'attacher au rayonnement de la diversité des pratiques religieuses tel que cela est mentionné dans l'exposé des motifs de ce projet de délibération.
Il est impératif, même sur la forme, de veiller à ce qu'il n'existe aucune confusion entre le culturel et le cultuel.
Sur le fond, nous allons observer avec intérêt l'évolution de ce dossier, mais dans cette attente, nous préférons, nous, les radicaux de gauche, nous abstenir.
Je vous remercie.
M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint, président. - La parole est à M. Pierre-Yves BOURNAZEL, pour le groupe U.M.P.P.A.
M. Pierre-Yves BOURNAZEL. - Merci, Monsieur le Maire.
Sur un tel sujet, évidemment, chacun peut avoir sa légitime position. En tout cas, nous soutenons le projet et partageons les propos tenus par M. VAILLANT dans cet hémicycle.
Vous me permettrez, néanmoins, de faire quelques commentaires.
Si nous nous réjouissons du projet de création d'un institut des cultures d'Islam, il s'agit, pour nous, d'abord de faire un geste fort adressé à l'ensemble de la communauté musulmane de Paris et de France, mais, plus généralement, à tous les Parisiens et à tous les Français, car l'institut revêt deux dimensions ; sa vocation sera à la fois culturelle et cultuelle.
Culturelle d'abord, et on ne peut que s'en féliciter ; l'Islam est une religion multiséculaire, qui est à l’origine de la naissance de cultures et de civilisations aussi diverses que productives, tant dans le domaine des sciences que de la littérature, des arts ou encore de la cosmologie. C'est une chance pour Paris et pour la France d'en savoir plus sur ces cultures à travers le prisme de leur histoire et de leurs rapports, afin de mieux les appréhender.
C'est également une chance pour l'ensemble des musulmans de France qui verront ainsi leur culture prendre davantage encore pleinement sa place dans notre monde contemporain.
D'un point de vue sociétal d’ailleurs, cela permettra de faire tomber nombre de préjugés. L'ignorance appelle la méfiance, la méfiance amène au rejet, puis à la haine de l'autre. Vouloir connaître une culture, c'est déjà la considérer, c'est déjà l'accepter en tant que telle, si bien qu'il est de notre devoir, de notre responsabilité d'offrir cette possibilité à tous nos concitoyens.
La seconde vocation de l'institut des cultures de l'Islam sera cultuelle et là, inutile de dire que cette mission ne sera pas superflue dans un arrondissement déjà en pénurie de lieux de culte pour l'Islam. Est-il acceptable, en effet, qu'aujourd'hui, à certaines heures du jour, le vendredi, des Parisiens du 18e arrondissement prient jusque sur le trottoir, tant les espaces dévolus au culte sont insuffisants ? Cela n'est pas acceptable.
Cette situation est intolérable pour les musulmans, d'abord concernés, qui ont une piètre image de notre République, pour les riverains, les habitants du quartier, laïcs, qui n'acceptent pas que le domaine public soit occupé par des croyants.
Il en va de la dignité des personnes qui doivent pouvoir exercer leur culte sereinement et dans des conditions normales, sans être obligées d'empiéter sur le domaine public.
Avec l'institut des cultures d'Islam, il y aura donc un espace dédié au culte géré par une association privée et dans le total respect de la laïcité.
Le futur institut des cultures d'Islam s'inscrit tout naturellement dans une logique de promotion des cultures d'Islam, en offrant un accès au savoir et par sa vocation cultuelle, on peut se féliciter de sa dynamique de laïcité positive, c'est-à-dire d'une laïcité qui, tout en veillant à la liberté de penser, à celle de croire ou à celle de ne pas croire, ne considère pas que les religions sont un danger, mais plutôt un atout.
Mes chers collègues, plus que jamais, connaissance doit rimer avec tolérance. Nous voterons donc ce projet de délibération.
M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint, président. - Pour répondre à l'ensemble des intervenants, je donne la parole à M. Christophe GIRARD.
M. Christophe GIRARD, adjoint, au nom de la 9e Commission. - Merci beaucoup.
Il est vrai que nos rangs sont clairsemés, mais je crois que les interventions qui viennent d'être tenues sont de belle qualité et font honneur à la volonté affichée par Bertrand DELANOË et Daniel VAILLANT de voir, en effet, ce lieu sortir de terre pour de bonnes raisons, rassemblant, comme on vient de l’entendre par la voix de Pierre-Yves BOURNAZEL. Ce consensus est à saluer au sein de notre Assemblée.
Au-delà du lieu de culture et cultuel, il y a la dimension de l'architecture qui est à prendre en compte, puisque je sais que dans ce jury présidé par Anne HIDALGO où même siégeait M. BOURNAZEL aux côtés de Jean-Pierre CAFFET, Michel NEYRENEUF notamment, c'est Yves LION qui a remporté ce concours ; Yves LION est également l'architecte à Paris qui a réalisé l'Institut de Physique du Globe, dans le 5e arrondissement, tout près de Jussieu, lieu qui est en construction. La maquette est exposée actuellement au pavillon de l'Arsenal si vous souhaitez voir ce que sera ce lieu de culture et cultuel.
Bien sûr, l'Exécutif a bien entendu et pris en compte la remarque faite par les radicaux, par la voix de Mme Laurence GOLDGRAB.
Mais je crois que Daniel VAILLANT nous a fait une belle définition de la laïcité en disant que c'est, en effet, l'équidistance de sa liberté avec la liberté des autres. Je crois qu’on peut se réjouir, en effet, que Paris sorte de cette façon la tête haute pour associer nos concitoyens et tout un chacun se sentira respecté, dans le 18e comme partout dans Paris.
M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint, président. - Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DPA 174.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (2009, DPA 174).