71 - 2008, DEVE 115 - SGRI 21 - Attribution de la dénomination “Promenade David Ben Gourion” à l’espace vert situé au droit du quai Branly (7e) entre le numéro 15 et le numéro 61.

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M. Bernard GAUDILLÈRE, adjoint, président. - Nous examinons le projet de délibération DEVE 115 - SGRI 21 relatif à l’attribution de la dénomination “Promenade David Ben Gourion” à l’espace vert situé au droit du quai Branly, 7e arrondissement, entre le n° 15 et le n° 61.

La parole est à Mme Liliane CAPELLE.

Mme Liliane CAPELLE, adjointe. - Merci, Monsieur le Maire.

En donnant le nom de “David Ben Gourion” à une esplanade de la Capitale, la Municipalité parisienne rend hommage à une personnalité exceptionnelle : celle de l’homme qui proclama voici 60 ans l’indépendance de l’Etat d’Israël, un des événements majeurs du 20e siècle.

Mais il est aussi d’autres dimensions de la vie de Ben Gourion qui rejoignent les valeurs de progrès dont nous nous réclamons. Ben Gourion était en effet un militant sioniste socialiste qui dirigea la Centrale syndicale juive à l’époque mandataire, puis réalisa l’unité des partis de gauche en Palestine.

Après avoir lui-même combattu dans l’armée britannique durant la Première Guerre mondiale, il fit en sorte que la Hagana s’engage dans la lutte armée contre les Nazis pendant la Seconde. Il fut également, lors de l’affaire de l’Exodus, à laquelle la France contribua à trouver un épilogue heureux, celui qui rappela au monde entier la dette qu’avaient contractée les pays occidentaux vis-à-vis des survivant de la Shoah.

J’ajoute, et cela n’est pas accessoire, que Ben Gourion, en tant que Premier ministre de 1949 à 1963, fut l’homme d’Etat qui construisit la grande amitié franco-israélienne, dont je me réjouis qu’elle soit de nouveau à l’ordre du jour, car à son époque comme aujourd’hui, elle rassemble, au-delà des divergences politiques, toutes celles et ceux pour qui le peuple Juif a droit à un Etat sur sa terre historique, de même d’ailleurs que le peuple Palestinien doit pouvoir disposer du sien comme le droit international et la simple justice le commandent.

Honorer la mémoire de David Ben Gourion est inscrire dans le paysage parisien le nom d’un des plus grands hommes du XXe siècle, c’est aussi rappeler que le mouvement sioniste sous sa direction était animé par les idées humanistes, socialistes et progressistes.

C’est pour cela qu’il fut proche des grandes figures de la S.F.I.O. comme Marius Moutet, Jules Moch, Guy Mollet et Léon Blum qui, dès les années 1930 et à contre-courant, appuyèrent le mouvement sioniste. Ce qui ne l’empêcha nullement d’admirer aussi les hommes politiques français de Droite qui se montrèrent amis d’Israël comme en témoigne jusqu’en 1967 ses excellentes relations avec le Général de Gaulle.

David Ben Gourion était aussi l’homme de la laïcité, ce qui chez lui ne signifiait nullement le reniement de l’identité juive mais la construction d’un Etat moderne et émancipateur.

Pour toutes ces raisons, de toutes les figures politiques d’Israël depuis sa création, David Ben Gourion est celle sur laquelle le plus large consensus peut se réunir de sorte que la décision qui nous est soumise aujourd’hui recueillera, je l’espère, votre approbation comme elle emporte la mienne.

M. Bernard GAUDILLÈRE, adjoint. - La parole est à M. le Président Ian BROSSAT.

M. Ian BROSSAT. - Monsieur le Maire, chers collègues, ce projet de délibération est pour le Conseil de Paris l’occasion de commémorer le soixantième anniversaire de la création de l’Etat d’Israël.

En souhaitant attribuer à l’un de ses espaces la dénomination Promenade David Ben Gourion, la Ville de Paris honore un homme autant qu’une histoire.

Le groupe communiste comprend bien évidemment le sens de cette proposition qui inscrit l’Etat d’Israël au cœur de notre Ville.

Néanmoins, cette dénomination est un geste fort parce que symbolique, l’histoire complexe de cette région du monde n’est pas seulement celle d’un homme, alors que ces dernières années témoignent d’un combat permanent et douloureux pour la paix. Nous aurions aimé que la Ville de Paris aille au bout de son geste et dise aussi son souhait de paix. Nous aurions voulu qu’elle rappelle symboliquement le droit et le combat des Palestiniens qui luttent eux aussi pour un Etat.

Dans l’inexistence de cet Etat, des hommes et des femmes connaissent des souffrances ininterrompues, c’est pourquoi nous renouvelons la proposition que nous avions déjà faite d’un espace dédié à M. Yasser Arafat tout comme il en existe un pour M. Yitzhak Rabin.

Ici encore nous ne sommes pas allés au bout de notre geste. Ces deux hommes ont reçu le Prix Nobel ensemble en 1994 et il est dommage que 14 ans après la Ville de Paris ne les ait pas encore réunis.

C’est la raison pour laquelle, tout en votant ce projet de délibération, le groupe communiste souhaitait exprimer cette préoccupation.

M. Bernard GAUDILLÈRE, adjoint, président. - Merci, Monsieur le Président.

Je donne la parole à Pierre SCHAPIRA.

M. Pierre SCHAPIRA, adjoint, au nom de la 9e Commission. - Je n’ai pas grand-chose à dire. Tout le monde est visiblement d’accord.

Je n’ai pas entendu d’intervention contre. Rassurez vous, Monsieur Ian BROSSAT, nous avons tissé des liens avec les Palestiniens et à chaque fois que le Maire s’exprime, il parle aussi des Palestiniens et du droit des Palestiniens d’avoir un Etat.

Cela ne pose aucun problème.

Vous disiez, Madame CAPELLE, que David Ben Gourion était l’ami des Français. Il y a eu une liaison très forte entre la France et Israël avec Léon Blum, avec de Gaulle et je voudrais citer simplement une phrase de François Mitterrand lorsqu’il est allé à l’université Ben Gourion dans le Néguev.

Pour préciser la pensée de Ben Gourion qui était constamment tournée vers l’avenir, je rapporte ses propos : “Aussi étrange que cela puisse paraître, nous arriverons avec le temps à une alliance judéo-arabe. Les conditions géographiques et historiques la rendent inévitable, indépendamment du temps nécessaire à sa réalisation. Nous ne quitterons pas notre pays, pas plus que les arabes. La coopération entre juifs et arabes peut transformer le Moyen-Orient en l’un des plus grands foyers culturels du monde, comme il le fut jadis.”

C’était une vision, et j’ajoute pour terminer, que Ben Gourion a été le seul homme politique d’importance, en 1967, lorsqu’il s’est retrouvé devant le mur reconquis, à dire : “Il faudra partir des territoires. Il faudra les quitter.”

C’était un homme d’une grande vision politique et c’est pour cela que nous souhaitons l’honorer.

M. Bernard GAUDILLÈRE, adjoint, président. - Je vous remercie.

La parole est à M. Claude GOASGUEN, pour une explication de vote d’une minute.

M. Claude GOASGUEN, maire du 16e arrondissement. - Je ne vais pas parler de Ben Gourion car en faire l’apologie est facile et tellement mérité.

Ne boudons pas notre plaisir de voir cet homme d’Etat, fondateur de l’Etat d’Israël, se voir reconnaître dans ce pays qui a soutenu la création de l’Etat d’Israël avant tout autre en 1948.

Je me félicite aussi de la progression de la reconnaissance du sionisme par notre Conseil, car je me souviens du débat qui avait eu lieu sur l’apposition de la plaque de Theodor Herzl il y a quelques années où l’on avait tellement renâclé à mettre le mot de sionisme sur la plaque de ce véritable penseur du sionisme pour lui préférer l’appellation de journaliste autrichien.

Non sans combat, nous avions réussi à imposer un début de reconnaissance de ce mouvement politique fondamental du XXe siècle qu’est le sionisme.

Je considère qu’aujourd’hui, le Conseil de Paris a fait un pas de plus et je ne peux que m’en féliciter dans la mesure où la France est en train de revenir vers une politique beaucoup plus proche de l’Etat d’Israël qu’elle a contribué à fonder.

Je n’en veux pour preuve que les récents propos du Président de la République lors de la visite officielle qu’il a fait à la Knesseth il y a quelques jours.

Je suis heureux que nous nous retrouvions, j’espère à l’unanimité, dans cette reconnaissance a posteriori d’un grand homme d’Etat mais aussi du sionisme et du rapprochement d’Israël et de la France.

M. Bernard GAUDILLÈRE, adjoint, président. - Je vous remercie.

M. Yves POZZO-DI-BORGO pour une explication de vote d’une minute.

M. Yves POZZO-DI-BORGO. - Notre groupe votera ce voeu, j’ai pris la parole pour rappeler que le Conseil du 7e arrondissement a voté à l’unanimité ce vœu.

Nous participons à cette ambiance générale.

M. Bernard GAUDILLÈRE, adjoint, président. - Monsieur SCHAPIRA ?

M. Pierre SCHAPIRA, adjoint, rapporteur. - Je voulais faire une précision historique, la France a reconnu en premier, mais l’URSS aussi !

M. Bernard GAUDILLÈRE, adjoint, président. - Puisque nous en sommes aux précisions historiques, je rappelle que David Ben Gourion s’est élevé avec courage et obstination contre la puissance, la Grande-Bretagne, qui à l’époque refusait la naissance d’Israël. Ce fut un acte de décolonisation.

C’est sans doute à ce titre que David Ben Gourion est resté dans l’histoire.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DEVE 115 - SGRI 21.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté. (2008, DEVE 115 - SGRI 21).