85 - 2011, DU 77 - Autorisation de signer un protocole d'accord entre la Ville de Paris et la SCI Tour Triangle relatif à la conclusion d'une promesse unilatérale de bail à construction permettant la réalisation de la Tour Triangle dans le Parc des Expositions (15e). Autorisation donnée à la SCI Tour Triangle de déposer les permis de construire nécessaires. Vœu déposé par le groupe Communiste et élus du Parti de gauche relatif au développement des emplois dans le projet Tour Triangle. Vœu déposé par le groupe E.E.L.V.A. relatif au protocole d'accord entre Ville de Paris et SCI Tour Triangle.

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M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint, président. - Nous examinons à présent le projet de délibération DU 77 sur lequel le groupe Communiste et élus du Parti de gauche a déposé le vœu n° 85 et le groupe E.E.L.V.A. le vœu n° 87. Il s'agit de l'autorisation de signer un protocole d'accord entre la Ville de Paris et la S.C.I. "Tour Triangle" relatif à la conclusion d'une promesse unilatérale de bail à construction permettant la réalisation de la Tour Triangle dans le Parc des Expositions dans le 15e arrondissement, ainsi que l'autorisation donnée à la S.C.I. "Tour Triangle" de déposer les permis de construire nécessaires.

La parole est à M. Yves CONTASSOT, pour le groupe "Europe Ecologie - Les Verts et Apparentés".

M. Yves CONTASSOT. - Merci, Monsieur le Maire.

Au fur et à mesure que votre projet pharaonique de la Tour Triangle avance, le contenu et les modalités se font jour et révèlent un tout autre concept que celui que vous aviez très médiatiquement présenté lors des réunions de concertation, d'ailleurs aussitôt suspendues dès que des critiques et simplement des questions furent énoncées.

M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint, président. - S'il vous plaît ! Vous pouvez écoutez M. CONTASSOT, s'il vous plaît, 2 secondes ?

M. Yves CONTASSOT. - Où sont passées la diversité et la poly-fonctionnalité largement vantées ?

Il s'agit maintenant d'un simple immeuble de bureaux, comme il en pousse à foison de l’autre côté du périphérique dans le Sud-Ouest parisien. Pourtant, dans le projet de délibération, il est noté que ce sera un projet d'urbanisme ambitieux. Il serait temps de cesser de dénaturer les mots et de vouloir vendre pour de l'urbanisme ce qui n'est qu'un projet d'immobilier d'entreprise.

Vous annoncez un équipement d'intérêt collectif et des espaces accessibles au public. Ce sera un simple belvédère animé par des restaurants. Encore une priorité au commercial ! Finis, les équipements publics ! Envolé, l'hôtel ! Disparue, la mixité !

Ah si, j’oubliais ! L'ascenseur panoramique qui - je cite "offrira un parcours vertical spectaculaire" !

C’est incontestable : survoler les toits du Parc des Expositions va devenir le must pour les centaines de milliers de touristes qui viennent à Paris pour sa beauté !

Mais, au-delà de la pure communication, destinée à tenter de faire accepter l'inacceptable, vous ne dites rien sur les conditions d'insertion dans le quartier d’un tel objet. Rien sur la dégradation des conditions de déplacement, pour celles et ceux qui ont déjà du mal à se déplacer, dans un quartier desservi par un simple tramway et une seule station de métro ! Rien sur l'impact cumulé avec l'installation du Pentagone à quelques encablures ! Rien non plus évidemment sur les questions environnementales !

Vous vous étiez engagé, lors des réunions de présentation et des ateliers, à préciser les moyens de respecter le Plan climat. Où sont les propositions ?

Rien sur les conséquences pour les riverains en termes d'ombre portée, alors que les mensonges du promoteur ont été démontés lors de ces ateliers !

Rien sur l'impact sur la nappe phréatique, proche de la surface (moins de 5 mètres), alors qu’il est prévu des fondations sous forme de 25 pieux de 2 mètres de diamètre enfoncés à plus de 35 mètres et des parois moulées !

Rien, enfin, sur la consommation énergétique de Triangle et rien sur le respect du Plan climat et de la loi Grenelle 2 !

Et que dire des conditions financières dans lesquelles cette opération est conduite ?

Manifestement, Unibail décide et la Ville applique.

Après les Halles et la privatisation demandée et obtenue à un prix défiant toute logique et au mépris de l’intérêt des contribuables, voici à nouveau un projet qui n'hésite même pas à souligner que "les conditions économiques de réalisation de cette tour réduisent de manière significative la charge foncière qui peut être payée". Comment ne pas comprendre qu'il faut faire un cadeau gigantesque à Unibail pour qu'ils puissent réaliser leurs fantasmes ?

Comment ne pas non plus s'interroger sur l'évaluation faite par France Domaine ? Ce service reprend ni plus ni moins les évaluations faites par Unibail sans même se poser la question de la validité de ses propositions.

Comment ne pas voir qu'Unibail et son alliée, la Chambre de commerce, donc VIPARIS, vont obtenir de fait une nouvelle concession allant bien au-delà de 2026, terme de l'actuelle concession, par un jeu assez grossier de dénonciation de la concession par anticipation, puis une nouvelle attribution pour éviter les indemnités d'éviction. Jackpot encore pour Unibail !

Quant à la Ville, elle hériterait dans 80 ans d'un immeuble dont personne n'imagine qu'il pourra résister aussi longtemps. Il suffit de voir ce qui s'est passé à La Défense.

Après avoir fait un cadeau royal à Unibail pour la construction, les contribuables parisiens paieront une deuxième fois pour la démolition ou la rénovation d'un bâtiment devenu obsolète.

Triangle n'a d'intérêt que pour Unibail, aucun intérêt pour les Parisiennes et les Parisiens, aucun intérêt pour Paris.

En conclusion, il reste trois questions :

- Jusqu'où la privatisation de Paris ?

- Jusqu'où la défiguration de Paris ?

- Jusqu'où le renoncement à construire une ville durable ?

M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint, président. - La parole est à M. René DUTREY, pour le groupe "Europe Ecologie - Les Verts et apparentés".

M. René DUTREY. - Merci, Monsieur le Maire.

Il est vrai que la présentation du projet par ses architectes, à laquelle nous étions présents avec Yves CONTASSOT, il y a maintenant un an et demi, peut-être deux, était assez impressionnante, on nous présentait un quartier, le plan d'un quartier, d'un îlot, et on nous expliquait vraiment que la tour serait comme un îlot mis à la verticale, avec toute la mixité des fonctions que peut comporter un îlot d'un quartier.

Au fur et à mesure de l'avancement du projet, au lieu d'une mixité de fonctions, d'une sorte d'îlot mis à la verticale, pour reprendre les propos de l'architecte, d'un point de liaison avec les communes limitrophes, on se retrouve avec un projet complètement monofonctionnel de bureaux sur toute la hauteur de la tour.

A cette même réunion, il avait été discuté, entre autres, des objectifs énergétiques de cette tour. Est-ce que cette tour respecterait les 50 kilowattheures en énergie primaire sur l'ensemble du bâtiment ? Il est vrai que les réponses à l'époque avaient été plus que vagues, puisque l'architecte, à l'époque, le bureau d'études, nous avaient expliqué que tout dépendait de comment on calculait 50 kilowattheures : est-ce qu’on intégrait le fait que les gens viennent en transports en commun ou pas ? Ils mélangeaient un peu des choux, des carottes et des poireaux. La question reste posée, cette tour fera-t-elle 50 kilowattheures réellement ?

Après, bien sûr, cela pose plus généralement le problème de l'équilibre logements/bureaux dans la capitale. A l'époque, en 2005, lors du Plan local d'urbanisme, le groupe "Vert" avait pris sa calculette s'agissant des projets d'aménagement de la Ville. Pour des terrains publics, ce qui n’est pas exactement le cas de la tour Triangle, l'équilibre était de 50 % d'activités économiques, bureaux compris, de 30 % pour le logement et de 20 % d'équipements.

La semaine dernière, nous avons refait ce calcul. L'équilibre sur un terrain 100 % public aujourd'hui à Paris est de 44 % pour l'activité économique, bureaux compris, de 31 % de logements et de 25 % pour les équipements, ce qui fait une part extrêmement contrainte de logements sociaux à 18 %.

Alors, ce choix fait sur les opérations publiques de la Ville additionné au choix fait dans le Plan local d'urbanisme avec un objectif de 2 millions de mètres carrés de bureaux, additionné au choix de réaliser une tour Triangle, contribue, à notre avis, à concentrer de façon excessive de la richesse et de l'emploi dans la Capitale.

Il est vrai que "Paris Métropole" n'est pas encore une réalité, nous n'avons pas aujourd'hui les outils de répartition fiscale qui nous éviteraient de faire concurrence aux territoires d'à côté, mais Paris Métropole, je le souhaite et nous le souhaitons tous, je l'espère, c'est demain, et je crois que dans une logique de répartition fiscale, ce projet n'aurait jamais pu voir jour. Il ne peut voir le jour que si cela présente un intérêt pour piquer la taxe professionnelle de nos sympathiques voisins.

Que ce soit en termes de création de ville, que ce soit en terme environnemental, que ce soit en termes d'objectif global et d'équilibre logements/bureaux, cette tour ne nous apparaît absolument pas un bon projet.

Je vais être assez court, car je crois que tout a été dit et je finirai uniquement par une image que je vous invite à aller voir pour ceux qui sont connectés sur ordinateur, une tour Triangle existe déjà dans le monde, elle est à Pyong Yang, en Corée du Nord, je vous invite à aller voir sur Internet, c’est un bâtiment qui ressemble vraiment beaucoup au projet ; j'ai bien peur que nous n'ayons rien inventé.

La forme triangle en tant qu'objet, si on doit parler un peu d'architecture, le triangle… Bien sûr, M. CAFFET me dit que cela rappelle des symboles maçonniques. Alors, est-ce que la Corée du Nord aurait versé dans la franc-maçonnerie ? Je ne sais pas.

L'objet tour et l'objet triangle, avoir un triangle chez soi comme une belle structure ou dans sa bibliothèque, pourquoi pas ? Par contre, un triangle de 180 mètres posé au milieu du parc des expositions, nous y voyons beaucoup moins d’intérêt et je vous invite réellement à aller voir cette sympathique tour Triangle à Pyong Yang pour vous rendre compte que, malheureusement, nous n'avons rien inventé.

A l'époque, les premières tours, je vous le rappelle, à la fin du siècle dernier, s'inscrivaient dans le contexte d'une guerre entre établissements financiers et banques pour montrer leur puissance capitalistique, construire le plus haut possible, c'est la guerre que se menaient à l'époque les grande firmes à New York. Je souhaiterais et nous souhaiterions que, surtout, nous ne rentrions pas dans cette guerre, que Paris ne ressemble pas à toutes les capitales du monde, c'est-à-dire avec des buildings très hauts avec très souvent des bidonvilles à leur pieds.

Je vous remercie.

(M. Bernard GAUDILLÈRE, adjoint, remplace M. Christophe NAJDOVSKI au fauteuil de la présidence).

M. Bernard GAUDILLÈRE, adjoint, président. - Merci, Monsieur DUTREY.

Je donne maintenant la parole à M. le président BROSSAT, pour cinq minutes.

M. Ian BROSSAT. - Merci, Monsieur le Maire.

Ce projet de délibération qui propose la signature d'un protocole d'accord préalable à la mise en chantier d’une future Tour Triangle à la porte de Versailles, pose une question : celle de la place dévolue à l'activité économique et donc à l'emploi dans une ville comme Paris.

Paris ne peut se satisfaire d'être la ville la plus visitée du monde, Paris est également une ville vivante, une ville qui doit offrir à ses habitants des perspectives et des ambitions, en un mot, une ville qui travaille et pour nous, la question centrale au cœur de ce projet de la tour Triangle, c'est bien la question de l'emploi.

Paris a besoin d'emplois, parce que depuis les années 1990, nous avons perdu des dizaines de milliers d'emplois. Entre 1990 et 2000, 150.000 à 200.000 emplois ont disparu dans notre ville.

Et bien que la tendance se soit fortement ralentie depuis 2001 et surtout depuis 2007, nous continuons d’en perdre. Le chômage se maintient, malgré nos efforts, à un niveau bien plus élevé, de 40 à 50 % en moyenne, que dans d'autres métropoles comparables.

Cette situation poussait récemment l'économiste Laurent DAVEZIES dans "Les Echos" à s'inquiéter que "Paris ne devienne peu à peu une zone offshore dans une région dynamique et se vide de ses entreprises et de ses salariés".

Je pense avec les autres élus de mon groupe que c'est une situation inquiétante qui doit nous alerter. Dans ce contexte, la tour Triangle est un premier élément de réponse à cette question du dynamisme économique et de l'emploi à Paris.

Plus de 90.000 nouveaux mètres carrés sont destinés à des activités économiques et commerciales, plus de 5.000 emplois directs et d'autres indirectes. Ce n'est pas une mince ambition, en effet.

Dans ce débat, je les entends, nombre d'arguments sont avancés qui, à nos yeux, méritent tous d'être étudiés. En sourdine, il y a tout d'abord le débat sur les immeubles de grande hauteur. Qu’il s’agisse de logements, de commerces ou de bureaux, certains y sont opposées, notamment pour des raisons environnementales.

Cela dit, à refuser la grande hauteur, on tolère l'étalement urbain, le développement horizontal plutôt que vertical. Or, l'étalement urbain est un désastre écologique, les études le démontrent justement. Nous le savons, nous avons besoin d'avoir, dans une ville comme Paris, et du logement et de l'emploi, et c'est précisément cela qui constitue un engagement écologique.

Un autre argument concerne les bureaux vides. A Paris, nous le savons, il y a beaucoup de bureaux vides dans le centre de Paris, en l'occurrence dans des immeubles haussmanniens qui transforment de fait nos rues en désert architecturale ; c'est un scandale, effectivement, que ces bureaux vides et ces immeubles doivent être transformés en logements.

Mais il ne s'agit pas, en l'occurrence, d'en conclure que Paris n'a pas besoin des bureaux de la tour Triangle, car non seulement Paris, d'ailleurs, a un taux d'occupation des immeubles de bureaux largement supérieur à sa région, mais en plus, les bureaux qui restent ne sont pas vides sans raison ; en l’occurrence, ce sont des bureaux vétustes, dépassés et inadaptés à la demande, des bureaux anciens ; de ces bureaux-là, Paris doit faire des logements. C’est un combat que nous devons mener, mais dans le même temps, il faut aussi que nous ayons à Paris des bureaux qui soient adaptés à l'emploi et qui permettent d'accueillir des entreprises et donc de faire reculer le chômage dans notre ville.

Bref, vous l'avez compris, parce que nous sommes profondément attachés à la nécessité de faire de l'emploi à Paris, parce que ce projet répond à cette ambition-là, nous voterons cette délibération.

Je vous remercie.

M. Bernard GAUDILLÈRE, adjoint, président. - Merci, Monsieur le Président.

Je donne maintenant la parole à M. Claude DARGENT, pour cinq minutes.

M. Claude DARGENT. - Monsieur le Maire, chers collègues.

Pour la troisième fois dans cet hémicycle, nous examinons un projet emblématique pour le 15e arrondissement mais aussi pour Paris tout entier.

La Tour Triangle va permettre une offre de bureaux modernes et adaptés aux entreprises du XXIe siècle sur environ 90.000 mètres carrés. Elle comportera également des commerces, en lien avec les besoins du quartier, ainsi qu'un équipement collectif.

Elle offrira des espaces intérieurs accessibles à tous ainsi qu'un jardin public. Mais cette tour est d'abord et avant tout une réalisation architecturale majeure pour le 15e arrondissement et pour Paris.

Cette tour a été conçue par le cabinet d'architectes Herzog & de Meuron. Nul besoin ici de dresser un état des lieux exhaustif de leurs réalisations à travers le monde.

Citons simplement la Tate Modern, au bord de la Tamise, à Londres, le stade national de Pékin, ou encore le stade Allianz-Arena de Munich, qui sont les plus connus.

De par sa qualité architecturale, cette tour permettra de donner une identité forte au secteur de la Porte de Versailles. Située en lisière du parc des expositions, elle confortera la notoriété internationale de ce site essentiel pour le rôle économique de notre capitale et soumis à une forte concurrence de la part des autres métropoles européennes et mondiales.

Directement, Ian BROSSAT l'évoquait à l'instant, ce sont 5.000 emplois qui seront ainsi créés dans cette tour et permettront d’offrir au 15e arrondissement 5 % d'emplois supplémentaires, ce qui n'est pas rien.

Et puis, ainsi qu'il l'a également évoqué, les bureaux qui seront offerts répondront aux exigences du XXIe siècle. Ils permettront donc indirectement de rendre à leur fonction première des logements haussmanniens transformés en bureaux ailleurs dans Paris. Ces espaces ne sont pas bien adaptés aux exigences de l'activité de services d’aujourd'hui et en cela, cette tour, il faut le souligner, participe indirectement de l'objectif d’augmentation d'offre de logements dans la capitale, dont on sait combien il est prioritaire pour notre Assemblée.

Il faut dès à présent mettre en place les conditions de la réussite de cette opération. Cette tour doit évidemment respecter le Plan Climat : je ne m'appesantirai pas sur ce point puisqu'il est constitutif du projet.

Je consacrerai l'essentiel du temps qui m’est imparti à la question du temps de déplacement. Car il faut intégrer à notre réflexion l'implantation du Ministère de la Défense dans le site voisin de Balard, et des bureaux qui vont l'accompagner. C'est donc un nouveau quartier qui va se constituer dans le Sud du 15e, et il nous faut dès à présent penser à la desserte de cet ensemble.

Les habitants constatent en effet que la voirie et le stationnement sur la voie publique sont saturés dans le quartier pendant les grands salons de la Porte de Versailles, et certains redoutent que la Tour Triangle n’entraîne une dégradation de la situation.

Il nous faut donc créer des conditions pour que ces difficultés, non seulement ne s'accroissent pas, mais régressent à l'occasion de ces aménagements.

Le constat premier est que l'accessibilité du quartier est limitée plutôt pour les voitures, puisque les boulevards des Maréchaux sont composés à cet endroit d'une voie à deux files assez étroite compte tenu de l'emprise au sol du tramway. Compte tenu de ces caractéristiques, je ne pense donc pas que la création de nouveaux parkings soit forcément la bonne solution.

Le parc des expositions dispose de trois parkings principaux qui ne sont complets en tout et pour tout que 26 jours par an, essentiellement pendant les week-ends et les jours fériés. Hormis ces moments, et donc en semaine, l'offre de parking est donc largement sous-utilisée.

C'est pourquoi mutualiser efficacement l'existant me paraît être la meilleure solution plutôt que de créer davantage de parkings sous la nouvelle tour, qui sont autant d'incitations à ne pas utiliser les transports collectifs.

De ce point de vue, la grande chance de cette opération est que la Tour Triangle est située à un emplacement aujourd'hui bien desservi puisqu'on y trouve la ligne 12, les tramways T2 et T3, et plusieurs lignes de bus. Mais il faut réfléchir d'ores et déjà probablement au renforcement de cette offre, notamment s'agissant de la ligne 12.

Mis en service en décembre 2006, le T3 a permis d’augmenter notablement la capacité de transport dans ce secteur. Les travaux de prolongement du tramway vont bientôt permettre de rejoindre la porte de la Chapelle puis la porte d'Asnières, mais ce nouveau quartier, dont la Tour Triangle sera en quelque sorte le phare, pose clairement la question du prolongement du T3 vers l’Ouest.

Le pont du Garigliano ne pouvait en effet constituer qu'un point d'arrêt provisoire. Le Maire de Paris a évoqué hier la question du prolongement du tramway à l’Ouest de Paris, au-delà même de la porte Maillot. Je voudrais indiquer ici que dans cette perspective, il peut être opportun d'opérer également cette extension, cette fois-ci dans le sens des aiguilles d'une montre. À tout le moins, la section pont du Garigliano-porte d'Auteuil, qui a d'ailleurs déjà fait l'objet d'études, me semble devoir s'imposer. Au-delà de la correspondance ainsi assurée pour le nouveau quartier, elle permettra par ailleurs un meilleur accès au bois de Boulogne.

Pour finir, je voudrais simplement dire, mes chers collègues, que nous avons l'immense chance d'être élus d'une ville qui joue un rôle central dans l’histoire depuis de nombreux siècles. Ce passé si riche s'est traduit directement dans le patrimoine architectural parisien, qui est le témoin vivant de 2.000 ans d’histoire.

Il est de notre responsabilité, et de personne d'autre, d'encourager les initiatives qui permettront de léguer aux générations futures des bâtiments témoignant également de l'architecture de notre temps pour que ce début du XXIe siècle, bien loin de constituer une lacune dans le patrimoine parisien, soit lui aussi illustré par quelques monuments caractéristiques.

Chers collègues, la tour Triangle sera de ceux-là, si nous le décidons. Avec les élus de mon groupe, je le souhaite vivement.

Je vous remercie.

M. Bernard GAUDILLÈRE, adjoint, président. - Je donne maintenant la parole à M. Gilles ALAYRAC, pour cinq minutes.

M. Gilles ALAYRAC. - Mes chers collègues, le protocole d'accord que nous soumet aujourd'hui le Maire de Paris, aux termes duquel la ville propose un bail à construction à la S.C.I. "Tour Triangle" afin qu'elle puisse réaliser cet immeuble de grande hauteur constitue, je crois, le véritable coup d'envoi de ce grand projet.

Nous sommes en effet à un tournant. Paris n'avait plus autorisé d'immeubles de grande hauteur depuis la tour Montparnasse, en 1972, et les tours du front de Seine, quelques années après.

Il est vrai que Paris et en particulier l'arrondissement dont je suis élu, le 15e, ont été traumatisés par un urbanisme inesthétique, inhumain par certains côtés et vieillissant mal.

Pourtant, notre ville n'avait pas tourné pour autant le dos à l'architecture contemporaine et au travail des grands architectes, comme en témoignent le centre Pompidou de Renzo PIANO et Richard ROGERS, l'Institut du monde arabe, la fondation Cartier, de Jean NOUVEL, la cinématique de Frank GEHRY, ou le musée du quai Branly.

Mais il faut bien le reconnaître : depuis la grande arche de La Défense et le stade de France, Paris et sa banlieue n'accueillent plus de réalisations monumentales. Et voilà donc que l'architecture verticale est de nouveau en vogue. Que ce soit à Londres, Barcelone, Pékin, Canton, Chicago ou Abou Dhabi, des tours aux formes audacieuses sont construites ou sont en projet, et toutes ne sont pas monstrueuses ou si extravagantes que cela, loin de là.

Paris se devait également de permettre aux architectes contemporains d'innover, de créer et de la doter d'une construction qui marque les esprits. La Tour Triangle est un geste architectural fort. C'est aussi, je pense, du tourisme durable, car c'est avec ce type de réalisation majeure qu'une ville acquiert aussi du rayonnement.

Paris doit continuer à inspirer les architectes contemporains. De ce point de vue, le choix du projet ne nous déçoit pas, le choix de ses concepteurs non plus. L'agence d'architecture suisse Herzog & de Meuron a acquis une renommée mondiale avec les réalisations qu’a citées tout à l'heure Claude DARGENT. Elle travaille actuellement sur un magnifique projet d'opéra à Hambourg.

Le contexte dans lequel va voir le jour la Tour Triangle est d'un point de vue économique maintenant favorable. Paris et l'Ile-de-France ont besoin de grands locaux pour les entreprises. Après deux années de léthargie forcée des montages tertiaires, les développeurs reprennent leurs opérations mises en sommeil et s'engagent à nouveau sur de grandes opérations foncières dans la capitale et en première couronne.

Sur le marché de l'investissement, la reprise est bel et bien là, le marché rêve d'immeubles de bureaux modernes, neufs, adaptés.

Alors, on pourrait objecter que Paris regorge de bureaux vides à vendre. Mais justement, si ce stock existe, c'est qu'il s'agit de bureaux vétustes ou pas aux normes, tandis que les bureaux neufs sont, eux, devenus une denrée rare.

La Tour Triangle devrait être un site attractif et de grande qualité pour les entreprises, d'abord par sa modernité, par la surface qu'elle leur offrira. Elle doit attirer de la valeur ajoutée et susciter de l'emploi. Nous en sommes redevables aux Parisiens et aux Franciliens.

Mais la tour présente aussi un atout par son emplacement. En effet, elle va voir le jour dans un quartier, métamorphosé par le travail que la Ville a mené avec la Région, qui connaît un renouveau avec le réaménagement de la porte de Versailles, la requalification du boulevard des Maréchaux et aussi une offre nouvelle en termes de transports avec désormais deux lignes de tramway.

Mais il faudra bien sûr, le moment venu, évaluer si l'offre de transports en commun est suffisante. La ligne 12, par exemple, de métro est aujourd'hui saturée aux heures de pointe, si bien que peut-être des lignes de bus supplémentaires seront nécessaires à partir de la porte de Versailles.

Pour terminer, je voudrais formuler trois vœux, Madame HIDALGO, pour ce projet. D’abord que la Tour Triangle fasse une place aux P.M.E. Sur plus de 160 mètres de haut, il y a aura de la place pour accueillir des services publics - une crèche a été annoncée et c'est tant mieux -, des grandes entreprises, et pourquoi pas aussi des ministères dont on sait que plusieurs d'entre eux, éparpillés dans tout Paris, peinent aujourd'hui à se regrouper. Mais il faudra aussi, à mon sens, une pépinière d'entreprises.

Le second vœu est que la Tour Triangle ne soit pas, comme la Tour Montparnasse ou les tours de La Défense, un monument que l’on voit mais où on n'entre pas. Je me réjouis donc que son ouverture au public soit prévue par ses concepteurs.

Et tout devra être fait pour ne pas intimider le public, mais au contraire lui donner envie d'entrer dans l'atrium, de faire ses courses dans les commerces, de grimper vers les belvédères, les restaurants et les cafés pour profiter de la vue spectaculaire qu'ils offriront sur Paris.

Enfin, implantée au cœur d'un parc des expositions qui n'est plus de la première jeunesse, et guère esthétique, la tour Triangle, je l’espère, suscitera la rénovation de ces 36 hectares qui doivent absolument s'adapter à un environnement concurrentiel international féroce.

Ce vaste et ambitieux projet nous éloigne, si besoin est, du vieux cliché du village parisien. Avec lui, notre ville confirme qu’elle est bien tournée vers le XXIe siècle…

M. Bernard GAUDILLÈRE, adjoint, président. - Pouvez-vous conclure, Monsieur ALAYRAC, s’il vous plaît ?

M. Gilles ALAYRAC. - Je termine en disant que notre groupe considère pour toutes ces raisons que cette tour est un atout pour Paris et pour sa métropole.

Merci.

M. Bernard GAUDILLÈRE, adjoint, président. - Merci.

Je donne maintenant la parole à M. Jean-François MARTINS.

M. Jean-François MARTINS. - Monsieur le Maire, chers collègues, à la lecture de ce projet de délibération qui pose la première pierre juridique de la construction à terme de cette Tour Triangle, porte de Versailles, je ne résiste pas à la nécessité, s’il en était besoin, de revenir sur la pertinence de ces immeubles de grande hauteur, dont l'Exécutif semble désormais être obsédé.

Ce projet de construction d'une tour de grande hauteur repose pour vous sur quatre affirmations qu’il convient de démentir. Une grande tour serait pour vous esthétique, écologique, porteuse d’emplois et moderne. A vrai dire, une grande tour n’est rien de cela : elle n’est ni esthétique, ni écologique, ni porteuse d'emploi et encore moins moderne.

Premièrement, ce n’est pas esthétique. Outre la perception du beau, qui est évidemment subjective, c'est la pertinence urbanistique des tours qu’il faut contester.

En l’occurrence, une tour ne peut à elle seule conférer un identité à un quartier ou à tout un arrondissement, au risque de renouveler la triste expérience de la Tour Montparnasse, vers laquelle je crois qu'on retourne puisque, évidemment, on imagine le même système de belvédère et de vue sur Paris qui attirait les milliers de touristes. La Tour Montparnasse nous donne malheureusement le triste exemple inverse.

Urbanistiquement contestable parce que vous affirmez qu’elles permettent de densifier les quartiers là où elles s’implantent. Or, vous le savez comme moi, les obligations de parvis et de zones non constructibles aux alentours d’une parcelle de grande hauteur conduisent finalement, à l’échelle d’un quartier, à obtenir une densité proche de celle d’un quartier haussmannien classique.

Cet appel à la densification du tissu urbain est d'autant plus surprenant que d’une part Paris est déjà l’une des villes les plus denses du monde, et que les solutions, on le sait, seront à l'échelle métropolitaine. D’autre part, vous axez cette densification sur les espaces de bureaux, alors que le logement est un secteur plus largement déficitaire dans la Capitale. Or, vous savez comme moi que ce n'est pas dans des tours de grande hauteur, en raison des coûts d'exploitation, que nous installerons du logement.

Enfin, ce que vous allez créer esthétiquement avec cette tour et tous les autres projets que vous avez dans les cartons et qui se situent, comme par hasard, tous aux portes de Paris, c'est une nouvelle fracture avec l'agglomération et les communes limitrophes.

Les communes limitrophes avaient déjà la ceinture rouge, le périphérique et les Maréchaux. Vous créez désormais une frontière bien visible de plus, un front d'immeubles de grande hauteur pour enclaver et repousser un peu plus les banlieusards de Paris.

Deuxième affirmation à démentir, une tour, non, ce n'est pas écologique. L'énergie que demande le transport de fluide, la ventilation, les matériaux nécessaires à de tels ouvrages, ce n’est pas écologique. Cela exclut d'office la possibilité d'un bâtiment passif ou même à consommation réduite en énergie.

En particulier, cette tour par son format triangulaire aura une prise au vent et une perméabilité aux échanges thermiques et calorifiques importantes, qui nécessiteront un chauffage excessif l'hiver et une climatisation déraisonnable l'été.

Troisièmement, chers collègues, cette tour, ce n’est pas la garantie d’emplois nouveaux. Depuis trois ans, le contexte a changé. La crise a touché durablement les grands groupes industriels qui sont les plus potentiellement intéressés par ce type de bâtiments et les informations récentes en provenance de La Défense, avec ces projets de tours annulés, avec ces millions de mètres carrés disponibles vides, faute de candidats à la location de ces bureaux, devrait nous inviter à un peu plus de prudence.

Dans le même temps, de l'autre côté du périphérique, Issyles-Moulineaux continue à bétonner plus de 92.000 mètres carrés de bureau pour un coût moindre, un foncier plus abordable et une accessibilité identique.

Je ne crois pas, Monsieur le Maire, Madame HIDALGO, que nous devions faire la course derrière SANTINI.

Enfin, votre projet, quand bien même il créerait autant d'emplois que vous l’annoncez, aucun plan de transports nouveaux pour la porte de Versailles ne nous permet aujourd’hui d'être rassurés sur le fait que la porte de Versailles pourrait absorber cette nouvelle population et désengorger le Sud du 15e déjà à la limite de l'étouffement.

Dernière affirmation et pas des moindres, parce que c'est l'argument majeur employé par l'Exécutif : non, une tour, ce n'est pas moderne, une tour, ce n'est pas récent, les tours existent depuis Babel, Monsieur le Maire, et elles auraient pu être récentes au début du XXe siècle quand on inventait l'ascenseur. Depuis, non, ce n'est pas un modèle de modernité, c'est une expression ostentatoire d’une volonté du pouvoir, comme le font les pays émergents du Sud-Est asiatique.

Aujourd’hui, la modernité architecturale et la créativité n’ont aucune raison d'être synonymes de verticalité. Le musée Guggenheim à New York ou la rénovation du Bundestag à Berlin nous démontrent qu'on peut faire preuve de rupture architecturale sans verticalité, et en créant des monuments iconiques des grandes villes et capitales.

Même la Tate Modern, que l’on citait en exemple, issue du même cabinet, ne va pas jusqu'à 180 mètres. Leur tour se limite à 70 mètres, ce qui paraît être des hauteurs beaucoup plus raisonnables.

Ce qui serait moderne, en revanche, si vous voulez être moderne, Monsieur le Maire, c'est que sur une question aussi fondamentale que l'avenir du paysage urbain parisien, que vous utilisiez un moyen moderne que l'urbanisme et la démocratie locale mettent à votre disposition : c'est le référendum local, que vous avez vous-même souhaité lors de la campagne de 2008.

En matière de démocratie locale, justement ce projet n'est pas exempt de reproches, puisque les concertations ont été menées sur un projet de complexe hôtelier et que nous votons aujourd'hui en réalité un immeuble de bureaux.

Je ne voterai pas ce projet de délibération, vous l'avez bien compris, et je vous invite au courage, à l'audace, à la modernité. Osez le référendum, osez le vote des Parisiens sur le sujet des tours !

M. Bernard GAUDILLÈRE, adjoint, président. - Merci.

Je donne la parole à Mme Anne TACHÈNE, pour cinq minutes.

Mme Anne TACHÈNE. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, la Tour Triangle s'invite à nouveau parmi nous. Il y a trois ans, en effet, et à quelques centaines de pas d'ici, un salon de l’Hôtel de Ville était transformé en salle d'exposition éphémère pour présenter à la presse le bâtiment conçu par les architectes HERZOG & de MEURON.

Mais la contemplation n'a qu'un temps ; pour prendre vie, la Tour Triangle appelle des séquences administratives qui ont d’ailleurs le mérite d'animer nos débats.

Je ne reviendrai pas sur la délibération de juillet 2008, que le groupe centriste avait adoptée : le lancement du processus d'études, de débats et de concertation.

Je ne reviendrai pas non plus sur la délibération adoptée en décembre 2009, si ce n'est pour rappeler à nouveau que les élus centristes ont voté pour la procédure de révision simplifiée du P.L.U.

A cette occasion, et j'ai déjà eu l'occasion de vous le dire, Madame le Maire, je réaffirme ici mon regret quant à la disparition des éléments programmatiques initialement promis. Je pense notamment à l'hôtel, au centre de conférences et à quelques autres encore.

En effet, la tour Triangle ne doit pas être une simple opération immobilière, si belle soit-elle, mais un véritable projet d'aménagement requalifiant le quartier, lui apportant l'aménité qui n'est pas sa plus grande qualité actuelle.

Elle doit aussi renforcer l'attractivité du parc des expositions de la porte de Versailles, qui est l'un des équipements les plus fréquentés d'Europe. Il est inutile de mentionner ici le poids stratégique du tourisme d'affaires et du secteur des salons et des congrès.

Nous retiendrons donc, Madame HIDALGO, la promesse que vous avez faite la semaine dernière en Conseil d'arrondissement d'anticiper la réflexion sur la rénovation du Parc des Expositions à l’échéance 2026.

Cependant, je rappellerai que cet objectif est inscrit dans le marbre du projet d’aménagement et de développement durable du P.L.U. voté en 2006. Ce document prévoit en effet de moderniser et d’adapter le Parc des Expositions aux nouvelles exigences des grandes manifestations, mais aussi de rendre possible des capacités d’accueil hôtelier.

A défaut de structure hôtelière, espérons au moins que cette rénovation sera menée dans des délais raisonnables, pour le plus grand profit de la Capitale.

Aujourd'hui, la séquence qui s'ouvre à nous est tout aussi importante puisqu'il s'agit à la fois de la signature du protocole d'accord entre la Ville de Paris et la S.C.I. "Tour Triangle" et de l'autorisation de déposer les permis de construire.

A la cession du foncier, il a donc été préféré un bail à construction d'une durée de 80 ans.

Vous n'ignorez pas, certainement, mes chers collègues, les critiques portées sur le montage retenu. Le groupe centriste note les déclarations de l’exposé des motifs selon lesquelles ce choix a été guidé par les intérêts patrimoniaux de la Ville.

Monsieur le Maire, nous vous avons écouté avec attention et nous actons les avantages qu'une collectivité peut tirer d'un bail de ce type, en lui offrant un contrôle sur la construction future.

Ce n'est pas négligeable, en outre, s'agissant d’un bâtiment de cette hauteur, soumis au respect du Plan Climat.

En outre, il obligera la S.C.I. "Triangle" à le conserver en bon état d'entretien pendant toute la durée du bail.

En cohérence donc avec nos positions émises précédemment, nous voterons ce projet de délibération.

En revanche, il n'en sera pas de même à l'égard du vœu présenté par le groupe "Europe Ecologie - Les Verts et apparentés", qui évoque à l'occasion du projet de la Tour Triangle la production de surfaces destinées aux bureaux.

Nous nous garderons de répondre à l'invitation de soutenir les députés socialistes de Paris, bien que ce vœu soit, il faut le reconnaître, animé d'un certain esprit d'à propos.

Mais il y a dans ce vœu l'ambition de déséquilibrer un peu plus le ratio logements/bureaux tel qu'il a été dessiné au P.L.U.

Or, pour nous, la vitalité de Paris, le soutien à l'économie et à la création d'emplois impliquent le développement d'un parc de bureaux adapté. Ainsi, la Tour Triangle y participera.

Sauf à considérer que l'exode d'entreprises est une fatalité et n'a aucune influence sur le dynamisme d'une capitale qui est censée penser à l'échelle planétaire, on ne peut accepter une telle proposition.

Au contraire, il convient d'offrir aux entreprises et à leurs salariés des conditions d'accueil favorable.

C'est une chose que de promouvoir la reconversion des bureaux obsolètes en logements - ainsi le groupe Centre et Indépendants a déposé un vœu à ce sujet, qui sera défendu tout à l'heure par mon collègue Jérôme DUBUS -, c’en est une autre que d’entraver la construction d’immeubles tertiaires.

J'imagine d'ailleurs difficilement comment l'emprise destinée à la Tour Triangle pourrait être livrée aux logements.

La discussion avec les élus du 15e ainsi qu'avec les habitants doit se poursuivre afin que la Tour Triangle passe du statut d’icône architecturale à celui plus convivial de lieu de référence et d'usage pour ce quartier du 15e arrondissement.

Je vous remercie de votre attention.

M. Bernard GAUDILLÈRE, adjoint, président. - La parole est à Mme SIMONNET.

Mme Danielle SIMONNET. - Mes chers collègues, Alexis CORBIÈRE et moi-même, élus du Parti de Gauche, voterons contre le protocole d’accord avec Unibail sur le projet de construction de la Tour Triangle.

J'aimerais que ce débat éclaire les éventuels indécis de notre Assemblée, parce qu'on peut toujours, il n'y a pas de honte à changer d'avis, certains d'ailleurs changent d'avis sur l'enjeu de la sortie du nucléaire, d'autres peuvent le faire également sur la question des tours.

Alors, on ne se prononce pas sur l'aspect esthétique, créatif et innovant du projet architectural, on n'a pas à être frileux vis-à-vis de la création architecturale, il faut saluer le travail réalisé par les lauréats et le débat ne se situe absolument pas selon nous entre l'ancien et le contemporain. La création artistique doit être soutenue ardemment, qui plus est dans l'architecture, et l'art dans la rue est un combat qui doit toujours être poursuivi.

Mais il faut commencer d’abord par les arguments écologiques. Cette tour, d’une hauteur de 180 mètres, ne sera pas une tour verte car, pour l’heure, il n’existe pas de tour verte, tout comme le capitalisme vert est un mensonge.

Vous n'êtes pas censés l'ignorer, la loi du Grenelle 1 définit qu'à partir de 2012 les bâtiments neufs devront consommer moins de 50 kilowatts/heure par mètre carré et par an d'énergie primaire, tout compris (chauffage, éclairage et ventilation).

Cela explique-t-il une certaine précipitation dans le projet de la Tour Triangle ?

Pour les tours, même en installant des éoliennes sur le toit (ce qui, en ville, du fait des turbulences, n’est pas jouable) avec des panneaux photovoltaïques (ce qui, sur des façades où l’on a envie, pour des bureaux, de mettre plein de fenêtres, est tout à fait compromis), les spécialistes considèrent qu'on pourra difficilement descendre en dessous de 180 kilowatts/heure par mètre carré et par an.

La Tour Triangle sera non efficace d’un point de vue énergétique, ne serait-ce qu'à cause de son entretien et des nécessaires climatisations qui seront installées.

Par ailleurs, je souhaite attirer votre attention sur la prise en compte de l'énergie grise, l’énergie grise est liée à la construction et aux matériaux de construction. Celle-ci est en effet parfois supérieure à l'ensemble de l'énergie nécessaire à la maintenance du bâtiment.

Dans le cas des tours, les fondations, les infrastructures, les matériaux adaptés sont plus importants que pour des bâtiments classiques et cela rend l'énergie grise proportionnellement bien supérieure.

Maintenant, attardons-nous sur l'aspect économique et social de la Tour Triangle, je passe les équipements publics et les commerces, parce qu'il est difficile d'en savoir plus, et ils sont visiblement une proportion assez faible du projet : l'essentiel de la Tour Triangle est dévolu aux bureaux. Ces nouveaux bureaux devraient créer de l'emploi, mais, mes chers collègues, combien y a-t-il en ce moment de bureaux vides à Paris ?

Le problème n° 1 de la Capitale, n'est-ce pas d'abord le manque criant de logements ? N’est-ce pas, très justement également, dans les rangs des élus socialistes parisiens que l'on souhaite que la loi de réquisition s'applique aussi aux bureaux vides, notamment pour les transformer en logements ?

Vous nous dites que les bureaux vides actuellement sont vétustes et inadaptés aux bureaux. C'est faux, ils ne sont pas tous dans ce cadre et vous savez pertinemment que la spéculation immobilière, au niveau des bureaux, continue toujours à avoir la vie belle.

Comment prétendre que la seule mise à disposition de bureaux supplémentaires génère de l'emploi et de quel emploi parlons-nous ? Ne faisons pas de Paris une ville que de l’emploi tertiaire et, qui plus est, de catégorie supérieure.

L'enjeu n'est pas de déplacer les gros sièges de La Défense vers le 15e. Nous aurions bien plus besoin de développer des emplois d’artisanat, de proximité, répondant directement aux besoins des Parisiennes et des Parisiens, et garantissant une mixité sociale et professionnelle de Paris.

Personnellement, j'émets un doute sur le fait qu'Unibail soit ravi d’accueillir de l'économie sociale et solidaire dans la Tour Triangle, vous me le permettrez.

Notre projet ne doit pas, par ailleurs, chercher à concentrer l'emploi dans la capitale. Je vous invite à lire ou relire le livre des Pinçon-Charlot, "Le président des riches". Il explique très bien comment l'emploi et les populations les plus aisées se concentrent dans la région parisienne dans la même zone de Paris ouest, de La Défense à Poissy, tandis que les salariés les plus pauvres sont contraints de s'exiler au fin fond du 77.

La solution ne doit pas se limiter dans notre conception de l’aménagement du territoire à allonger les lignes de transports en commun dans une fuite en avant vers toujours plus d’étalement urbain au profit de la concentration sur certaines zones d’un travail et d’un emploi spécialisé.

Au contraire, nous devons avoir pour objectif de réduire les trajets domicile-travail, de relocaliser l'emploi là où il est en déficit et de recréer plus de logements là où il en manque.

Je rappelle que, selon le S.D.R.I.F., nous devrons atteindre les 30 % de logements sociaux à Paris, et que nous souhaitons opérer un rééquilibrage entre l’Ouest et l’Est de Paris.

Avec la Tour Triangle sans logement, on passe à côté d'un projet beaucoup plus modeste du point de vue des profits, certes, pour des gros groupes comme Unibail, mais tellement plus utile socialement. C'est donc un gâchis.

Pour finir, sachez que le coût de la construction au mètre carré utile est plus élevé pour les tours : un tiers de plus autour de 50 mètres, 100 % de plus autour de 150 mètres et plus de 300 % de plus autour de 300 mètres.

Forcément, les investissements nécessaires à la réalisation de la Tour Triangle sont très élevés et demandent une forte concentration de capital, uniquement compatible avec les plus grosses institutions financières.

De même, la taille du chantier ne favorisera que les plus grosses multinationales de travaux.

Concentration de capital, concentration des prestataires, concentration des bassins d’emploi et des activités économiques, la logique portée par le projet de la Tour Triangle, comme pour tous les projets de tour, relève d’une logique capitaliste et productiviste, à l’encontre d'un développement harmonieux des territoires, d'une économie déconcentrée, sociale et solidaire, écologiquement responsable.

Pour toutes ces raisons, mes chers collègues, je vous confirme que nous voterons contre cette délibération et nous vous invitons à vous y opposer également.

Je vous remercie.

M. Bernard GAUDILLÈRE, adjoint, président. - La parole est à M. GOUJON, pour cinq minutes.

M. Philippe GOUJON, maire du 15e arrondissement. Merci, Monsieur le Maire.

Alors que nous examinons pour la troisième fois un projet de délibération relatif à la Tour Triangle, et même s'il ne s'agit pas de reprendre le débat sur les tours, je veux quand même redire que si le traumatisme dû à l'échec urbanistique de la Tour Montparnasse et du front de Seine est vif, dans le 15e, nous croyons pouvoir aujourd'hui penser l’avenir sans reproduire les erreurs d’hier, et même rénover notre manière de repenser l'urbanisme en hauteur.

Je n'ai jamais acquiescé pour ma part au débat dogmatique, pour ou contre les tours : elles sont aussi à Londres, Berlin ou Milan, le gage d’une ville assumant son passé et, en même temps, tournée vers l'avenir.

Dans le cas d'espèce, une architecture créative et innovante, signée des très grands architectes que sont HERZOG et de MEURON, est en capacité d'ouvrir une nouvelle ère et de procurer un nouveau souffle à notre arrondissement, dans un quartier où verra aussi le jour - et je tiens à le dire - cet autre monument urbain que sera le Ministère de la Défense, conçu par WILMOTTE et MICHELIN, première empreinte du Grand Paris voulu par le Président de la République.

Avec, de surcroît, le développement prodigieux d'une nouvelle cité au-delà du périphérique, qui relègue, je suis obligé de le constater de plus en plus, le 15e à être l'arrière-cour d'Issyles-Moulineaux, la question ne se réduit plus à la conception d'un objet singulier, isolé et contrastant avec son environnement, mais doit prendre en compte l'ensemble des facteurs qui fondent le développement de la ville, c'est-à-dire l'insertion urbaine, l'articulation avec les territoires voisins dans une logique de dynamique urbaine, à l'échelle du Grand Paris, trait d'union nécessaire entre la Capitale et son agglomération.

Au cœur de la question du renouvellement urbain, bien sûr il faut placer le développement durable en favorisant la performance énergétique et la végétalisation, ciblant à la fois la préservation de l'environnement et de l'énergie dans le respect du Plan climat.

Alors, si l’intention d’Unibail, concessionnaire du parc, seul opérateur finalement, puisque c'est de cela qu'il s'agit, et financier de l'opération, et aussi de la Chambre de commerce, est très légitimement de faire face à la concurrence internationale, comme de proposer d'ailleurs une offre de bureaux "intelligents", déficitaires dans le 15e, notamment en raison d'un P.L.U. qui en pénalise le développement par la mise en place de COS différenciés dans Paris, l'intérêt des riverains et des Parisiens dans leur ensemble constitue notre objectif prioritaire. C'est celui que nous avons entendu défendre depuis deux ans et demi, Jean-François LAMOUR et moi-même notamment, dans ce dossier.

Après des débuts pour le moins chaotiques dus à la tentative de passage en force de la Mairie centrale, celle-ci a finalement tenu compte de la plupart de nos demandes. La réalisation d'un tel monument urbain, emblématique d'une nouvelle entrée dans Paris, dans un quartier de tours érigées sur Issy et directement reliées à La Défense par le T2, ne doit pas occulter la question essentielle de l'intégration de la tour dans son environnement immédiat.

Grâce notamment à son linéaire de 150 mètres de commerces, à son atrium géant et à ses deux belvédères largement ouverts au public, la tour se devra d'appartenir au quartier qui l'entoure, tout en en devenant le signal fort. Sa crèche, le jardin de près de 1 hectare en remplacement de la station-service, la requalification de l'espace public alentour et notamment de l'accès au parc de la porte de Versailles, la création de 5.000 emplois embelliront le cadre de vie et amélioreront la vie quotidienne des habitants. La réduction des ombres portées, la transparence des revêtements de façade vont dans ce sens.

Il est encore prévu de renforcer, si nécessaire, et je crois que cela le sera, la capacité des transports publics à la jonction des deux tramways et surtout la ligne 12. Le tracé de la future ligne de "traverse", bientôt mise en place dans le 15e, devra aussi en tenir compte. L'offre de places de parking souterrain résidentielles doit encore être précisée et nous avons peut-être là un différend avec la Ville.

Mais une tour bien insérée dans son environnement ne suffit pas, car rien ne serait pire qu'un arrondissement à deux vitesses, projeté pour une part dans le troisième millénaire, maintenu pour l'autre dans un urbanisme vieillissant et dégradé.

Je me félicite donc de l'engagement de la Municipalité de réaliser parallèlement un important programme d'équipements dans le 15e et de réparer les opérations d'urbanisme des années 1960-1970 aux Périchaux, à la Sablonnière, aux Quatre-Frères-Peignot, aux Frères-Voisin, en commençant, dans très peu de temps d'ailleurs, par le quartier Bargue-Falguière. L'ensemble de ces avancées et quelques autres, consignées dans un amendement voté lors de notre séance de décembre 2009, permettront à la consultation élargie, prévue par le même texte, de s'engager dans de meilleures conditions.

Concernant le protocole juridique et financier, compte tenu de l'importance des enjeux, les procédures devront être suivies avec beaucoup de vigilance et nous serons très attentifs, bien sûr, sur ces points particuliers.

Comme je l'appelais de mes vœux lors du débat sur…

M. Bernard GAUDILLÈRE, adjoint, président. - Monsieur le Maire, il faut conclure !

M. Philippe GOUJON, maire du 15e arrondissement. - Je veux bien m'arrêter, puis que nous fassions une suspension de séance, Monsieur le Maire. Cela ne me dérange pas !

M. Bernard GAUDILLÈRE, adjoint, président. - Monsieur le Maire, je pense que vous comprendrez que, dans une assemblée, nous sommes tous égaux et il faut que les temps de parole soient également égaux. Vous le comprenez, cela ?

M. Philippe GOUJON, maire du 15e arrondissement. - Je ne dirais pas que certains doivent être plus égaux que d'autres, mais le maire de l'arrondissement peut peut-être dépasser de quelques secondes, alors qu'il y a eu beaucoup de dépassements dans tous ces débats, ce que je considère comme tout à fait normal d'ailleurs, aussi bien pour Roland Garros, le maire du 16e ayant parlé lui-même près de 8 minutes - et tant mieux pour lui ! -, que pour la Tour Triangle, si vous le permettez !

Mais je vais bientôt terminer, rassurez-vous !

M. Bernard GAUDILLÈRE, adjoint, président. - J'ai bien retenu l'expression de "quelques secondes".

M. Philippe GOUJON, maire du 15e arrondissement. Voilà ! Ce sera quelques secondes. Je pense qu'une réalisation de ce type mérite bien peut-être un exposé de quelques secondes supplémentaires.

En tout cas, comme je l'appelais de mes vœux lors du débat sur les hauteurs en juin 2008, il me semble pertinent de profiter de la construction de cette tour pour engager la réflexion sur les évolutions nécessaires du Parc des Expositions, avant le terme de la D.S.P. fixée à 2026, pour réduire aussi, et c'est une demande importante des quartiers, les nuisances de toutes sortes supportées par les riverains.

Si toutes ces conditions sont remplies, Jean-François LAMOUR et moi-même croyons que la Tour Triangle - ainsi que la majorité du 15e d’ailleurs, je peux même dire l’ensemble des élus - peut être un atout supplémentaire pour le 15e et pour Paris, où l’on doit pouvoir oser - quand c’est possible - des gestes architecturaux audacieux, promettant de surcroît un nouvel avenir à des quartiers aujourd'hui en très grande difficulté, mais attractifs demain pour des activités à forte valeur ajoutée.

Alors, soyons vigilants, bien évidemment, mais soyons aussi ambitieux pour un projet qui respecte les habitants et profite à notre arrondissement aussi bien qu'à Paris.

Je vous remercie.

M. Bernard GAUDILLÈRE, adjoint, président. - La parole est à Mme POIRAULT-GAUVIN pour 5 minutes.

Mme Géraldine POIRAULT-GAUVIN . - Vive les gratte-ciels à Paris ! Telle est la position qu'avec plusieurs de mes collègues, dont Thierry COUDERT, Pierre-Yves BOURNAZEL et David ALPHAND, nous avions défendue dès 2008 dans une tribune publiée dans Le Monde, que certains élus ici avaient jugée trop audacieuse et dont vous aviez dit, Madame la Première adjointe, en séance, qu'elle était "un rayon de soleil" !

Je confirme cette conviction et il va de soi que nous soutenons le projet "Triangle" à ce stade de la connaissance que nous en avons, puisque le dossier a beaucoup évolué en deux ans.

La Tour Triangle est un geste architectural qu'il faut soutenir pour le 15e, pour Paris et pour le Grand Paris. Cet immeuble de grande hauteur donnera une nouvelle identité au 15e arrondissement en faisant entrer définitivement ce secteur sud de Paris dans le XXIe siècle, secteur en pleine mutation et qui accueillera le Ministère de la Défense. Il était temps ! La dimension économique du quartier de la porte de Versailles doit être renforcée et encouragée et donc la réalisation d'un tel projet me semble aller dans le bon sens.

Apporter son soutien ne peut se traduire seulement par un chèque en blanc sur les conditions de la réalisation de ce projet. Pour que la confiance soit totale entre l’opposition et la majorité dans cette affaire, je vois quelques points qui méritent d'être clairement exposés.

Sur le plan juridique , au terme de l'étude qui a été réalisée par les services de la Ville, Triangle va bénéficier d’un dispositif juridique qui revient à la mode : le bail à construction. Alors, il ne faut pas avoir la mémoire courte et se rappeler que le bail à construction avait été très décrié au moment de la grande braderie des Halles et de Beaugrenelle, deux gros dossiers sur lesquels nous sommes clairement en désaccord.

Ce dispositif retrouverait aujourd'hui quelques vertus. Soit !

Ce projet, qui était exclusivement privé il y a deux ans, Triangle, devient clairement un projet municipal à long terme, puisque c'est le patrimoine des Parisiens qu'il faut à tout prix préserver. Le bail à construction de 80 ans qui sera signé permet à la Ville de conserver à terme la propriété de l'édifice, ce qui autorise le Conseil de Paris à être encore plus vigilant sur les termes du contrat. Il faut préserver l'avenir et voir dès à présent les conditions de l'entretien de cet immeuble de grande hauteur, de sa modernisation sur le long terme pour que l’intérêt des Parisiens soit préservé. Il faut envisager ces points dès aujourd'hui et il me semble nécessaire que les élus, entourés d'experts, de juristes, les élus de la majorité comme de l'opposition, y travaillent dès à présent, en concertation avec le maire d'arrondissement Philippe GOUJON et le député de la circonscription Jean-François LAMOUR.

Par ailleurs, cette opération doit être aussi rentable financièrement pour nos citoyens qui ne devront pas un jour se retrouver en situation de financer les carences des architectes ou des juristes.

Les trois redevances initiales, fixes et variables, seront-elles de nature à encadrer et à prévenir tous les aléas potentiels ? Je l’espère ! Il faut faire confiance à France Domaine, mais qui n’a pas toujours vu juste dans des opérations similaires. Je ne suis pas en mesure de le dire. En revanche, ce que je dis, c’est que les Parisiens doivent s’y retrouver.

Sur le plan de l’intégration du projet dans ce secteur, on ne peut pas repousser à plus tard, c'est-à-dire au moment de l'élaboration du permis de construire, le rappel de certaines doléances des riverains. Triangle doit être un plus pour les riverains. Il faut, dès à présent, s'engager pour préserver des embouteillages déjà trop nombreux ce secteur de Paris, leur apporter des équipements de proximité, notamment en matière de petite enfance, les protéger contre la pollution en phase chantier et en phase d'utilisation des bureaux et lancer dès aujourd'hui un plan de renforcement des transports en commun sur ce secteur.

Ce sont des conditions, à mon sens, indispensables pour une implantation réussie de Triangle dans son contexte urbain.

Enfin, il nous faut, mes chers collègues, être exigeants avec vous et obtenir la promesse d'une concertation exemplaire, et ce n'est pas toujours le fort de cette municipalité, nous le regrettons, dans de nombreux dossiers, et cela serait vraiment dommage pour un tel projet.

Il faut expliquer davantage, tant à l'ensemble des Parisiens qu'aux riverains immédiats, et pour cela, il faut un effort de la municipalité pour associer les élus de tous les groupes.

Triangle ne doit pas être le projet d'un camp, mais bien celui de toute une assemblée d’élus qui représentent les Parisiens dans leur diversité et dans ces conditions, ces conditions seulement, je dis : vive les gratte-ciel à Paris et vive Triangle !

M. Bernard GAUDILLÈRE, adjoint, président. - Merci, Madame.

Pour répondre à l'ensemble de ces interventions, la parole est à Mme la première adjointe.

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, au nom de la 8e Commission. - Merci, Monsieur le Maire.

D'abord, merci pour ce débat serein ; comme quoi on peut débattre sereinement, y compris quand, parfois, nous sommes en désaccord sur un sujet comme celui des hauteurs.

Vous rappeler que ce que je vous propose aujourd'hui, c'est de voter le protocole juridique et financier qui fixe des orientations communes à Unibail, à la Chambre de commerce et à nous-mêmes, Ville de Paris, sur un bail à construction de 80 ans qui permettra à la Ville de conserver la propriété de ce terrain, de retrouver la propriété.

Pourquoi le bail à construction ? On a examiné toutes les possibilités, on n'est pas du tout dans le même cas de figure, bien évidemment, que les Halles ou que Beaugrenelle, où il y avait des centres commerciaux préexistants et où il s'agissait de faire porter par la partie privée les rénovations d'équipements qui n'avaient pas été prévues à l'origine. Aussi bien à la lumière de cette expérience, nous avons, dans ce bail, inscrit les obligations, notamment du constructeur en ce qui concerne l'entretien de cette tour.

Par ailleurs, pourquoi le bail à construction ? Parce qu'il est, en effet, le plus respectueux des intérêts de la Ville, de ses intérêts non seulement patrimoniaux, mais aussi des recettes qui peuvent être engrangées, et ceci a été d'ailleurs validé, confirmé, en toute transparence, une fois de plus, par l'autorité, la seule autorité publique, même si j'ai entendu M. CONTASSOT la mettre en cause, qui puisse dire aux collectivités et à l'État quel est le prix ou si les transactions qu'elle envisage avec tel ou tel opérateur sont fondées. Eh bien oui, France Domaine a considéré que nous respections et que nous étions tout à fait dans la défense des intérêts de la Ville à procéder ainsi, à la fois sur le plan juridique et en même temps sur les indexations qui sont prévues dans ce bail à construction.

Je vais répondre à quelques-unes des questions ou des remarques qui ont été faites.

Tout d'abord, le P.L.U. est un excellent outil pour garantir l'équilibre bureaux/logements à Paris, vous ne pouvez pas comme vous l'avez fait, Monsieur DUTREY, additionner les bureaux et les commerces parce que ce n'est pas la même chose, cela ne donne pas le même résultat, mais comme les commerces ne sont pas comptabilisés au même rang que les bureaux, je vous le dis, nous sommes même un peu au-dessus en termes de logements à Paris, et cela, grâce au P.L.U. que nous avons voté en 2006 et nous continuerons à maintenir cet équilibre.

Oui, sur la question des bureaux, Paris manque de bureaux performants, de bureaux adaptés aux besoins des entreprises de notre siècle et pour cela, effectivement, nous avons besoin d'une offre de bureaux qui participe, comme cela a été très bien dit par Ian BROSSAT, le président du groupe Communiste et des élus du Parti de Gauche, à l'effort en matière de développement de l'emploi sur lequel nous ne pouvons pas renoncer.

Nous avons à Paris des chômeurs, nous avons à Paris des demandeurs d'emploi, nous devons être vraiment, en tant que municipalité, totalement mobilisés aussi sur la création d'emplois ; c'est ce que nous faisons, notamment avec ce projet de tour Triangle.

Faire l'amalgame avec la proposition des députés que j'ai suivie très précisément de pouvoir notamment faire muter plus rapidement des immeubles de bureaux vides dans Paris ; pour en avoir parlé avec eux, ils ne visent pas l'arrêt de la construction d'immeubles de bureaux dans Paris ; bien au contraire, ce qu'ils souhaitent, comme nous d'ailleurs, et je l’ai exprimé ici très régulièrement, ce que nous souhaitons, c'est que des immeubles mal adaptés qui sont de l'haussmannien ou du post-haussmannien qui, aujourd'hui, sont des bureaux de mauvaise qualité, puissent effectivement, à terme, muter vers du logement. Je l’ai toujours rappelé, dans le cœur de Paris, nous avons 200.000 mètres carrés de ce type de bureaux qui, à terme, pourraient donner la possibilité de créer environ 3.000 logements.

L'emploi est une priorité ; nous l'avions dit lors du P.L.U., cela reste une priorité politique, tout comme le logement, et je crois que c'est cet équilibre que nous maintenons, notamment avec ce projet de tour Triangle.

Le programme avait été modifié dès l'engagement de la procédure de modification du P.L.U. en 2009 et je remercie Mme TACHÈNE de l'avoir rappelé, c’est-à-dire que dès 2009, nous sommes arrivés devant cette assemblée, je suis arrivée devant cette assemblée en expliquant que ce n'était pas un hôtel et un centre de congrès mais bien des bureaux. Ce n'est donc pas une nouveauté, c'est là-dessus que s'est engagé notamment tout le travail sur le P.L.U. ainsi que les réunions publiques, d'ailleurs métropolitaines, que nous avons tenues avec nos voisins de Vanves et d'Issy-les-Moulineaux.

M. MARTINS qui nous explique que l'on va faire une barrière, je lui rappelle juste que la barrière en question n’est pas une barrière, nous l'avons effectivement conçue comme un élément de liaison métropolitain, elle est perpendiculaire aux limites des deux communes, notamment Vanves et Paris, et je crois que c'est un élément particulièrement apprécié.

Par ailleurs, je voudrais également insister sur la dimension écologique.

Certains nous disent ici : "une tour écolo, cela n'existe pas, ce n'est pas possible, ce ne sera jamais possible". OK, ils restent dans cette idée arrêtée.

Certains, quand nous avons défendu le Plan climat avec Yves CONTASSOT, nous expliquaient que faire 50 kilowattheures dans du neuf à Paris était impossible. On leur a dit : "Chiche ? On va le faire". Non seulement on a réussi, mais on arrive même à être bien en dessous sur beaucoup de nos constructions neuves.

Je lui dirai de faire preuve, là aussi, de la même obstination que celle dont je fais preuve avec mes collègues qui soutiennent ce projet. Nous sommes dans le respect du Plan climat, c'est une règle absolue, c'est dans ce cadre-là que nous devons construire, en tous les cas travailler et étudier cette tour Triangle et c'est avec ce respect du Plan climat que nous examinerons effectivement les propositions, y compris lorsque nous en serons au stade du permis de construire.

Je voudrais dire également que la dimension écologique de la ville tient au fait qu’effectivement, on ne favorise pas l'étalement urbain. La dimension écologique de notre Métropole, c'est aller contre l'étalement urbain. Installer des bureaux, des emplois, à un endroit qui est très bien connecté aujourd'hui en termes de transports en commun et qui a des capacités de connexions supplémentaires - cela a été rappelé par mes collègues, notamment Claude DARGENT et Gilles ALAYRAC -, de prolongation, notamment du T3, qui viendra un jour, sûrement pas pendant cette mandature, à l'ordre du jour des élus parisiens. Je crois que nous sommes justement dans un site qui, parce qu'il y a de l'intermodalité, s'inscrit totalement dans la vision écologique de la ville.

René DUTREY m'invite à partir en Corée du Nord, je ne sais pas si c’est pour que je n'en revienne pas… C'était une blague. Je n'ai pas d'entrée et pas d’envie particulière d'aller en Corée du Nord.

En revanche, sans aller sur Internet, il y a une ville qui est souvent présentée comme le temple de l'écologie urbaine ; la ville de Malmö, en Suède, dont nous nous inspirons beaucoup, tous, a réalisé en 2005 une tour de 190 mètres de haut, je la tiens vraiment à votre disposition, elle est très belle. Pour vous dire que vos collègues ou nos collègues, qui, comme nous, défendent l'écologie, osent l'écologie y compris avec des formes architecturales qui, pour certains, sembleraient proscrites. Je pense que Malmö est plus sympathique que la Corée du Nord. Si vous voulez, René DUTREY, nous irons ensemble. C'est une belle invitation quand même ! Vous ne pouvez pas dire le contraire. Nous irons voir la tour de Malmö ensemble.

Toujours sur la question et pour répondre notamment à Danielle SIMONNET qui disait : "L'Est et l'Ouest doivent être rééquilibrés, c'est du logement qu'il faut faire", d'abord, on n'est pas dans un site où le P.L.U. permet du logement, puisque nous sommes dans un site à dimension économique et qui doit le rester. Le Parc des expositions est un élément extrêmement important de la dynamique économique de Paris et je dois vous dire, Madame SIMONNET, qu'avec d'autres ici, je ne relâche pas mes efforts pour faire du logement social à l'Ouest. C'est ainsi que dans le 15e arrondissement, je pense que, partant de 11 % en 2001, nous devrions atteindre les 19 % de logement social en 2014, c'est-à-dire quasiment les 20 % ; je crois que sur ce point, nous nous retrouvons amplement.

Enfin, je voudrais dire à mon collègue de la mairie du 15e, M. GOUJON, et aux élus de la majorité municipale du 15e, que je me suis engagée, en effet, sur un amendement que nous avions voté ici. Il y a un travail à faire sur les quartiers et, d’ailleurs, nous allons y travailler très prochainement ; je voulais le confirmer.

Vous confirmer aussi que c’est vrai que cette tour Triangle, dans un site qui est un site historique de Paris en termes de dynamique économique, mais un site qui vieillit, nous amènera à nous poser des questions sur l'évolution du parc des expositions.

Ces questions sont évidentes. Pour en discuter souvent avec la société gestionnaire, Viparis, composée de la C.C.I.P. et d'Unibail, nous savons qu'il y a une concurrence très forte, je pense notamment aux salons de Francfort ou de Milan en Europe, et nous devons adapter les installations de notre parc des expositions à cela.

Chacun est conscient de cette nécessité, et je voudrais que nous puissions envisager cela, là aussi en associant très largement les groupes politiques et le maire du 15e, puisque cela se situe dans le 15e arrondissement, et que nous puissions travailler ensemble sur le diagnostic que l'on peut porter sur l’état des forces et faiblesses actuelles du parc des expositions, dont la délégation vient à expiration en 2026.

Mais peut-être pourrions-nous ensemble envisager d'autres scénarios. Ces scénarios ne peuvent s'envisager que dans le dialogue et le rassemblement entre nous. Je serai donc amenée à proposer dans les 15 jours qui viennent une réunion aux présidents de groupes de cette assemblée et au maire du 15e pour évoquer la suite et la requalification à terme que l'on peut attendre du parc des expositions.

Voilà, mes chers collègues, je crois avoir dit l’essentiel.

Rappeler aussi, comme d’autres l’ont fait avant moi, qu'il s'agira d'un magnifique objet architectural et qu'il se trouve que cet objet est en hauteur. À d'autres endroits, on a de très beaux objets qui ne sont pas forcément en hauteur, mais justement, la hauteur n'est pas le sujet tabou pour nous.

En l'occurrence, cette magnifique tour proposée par Herzog & de Meuron sera aussi un élément constitutif du patrimoine de demain et cela, il faut s’y atteler aujourd'hui si nous voulons léguer aussi un patrimoine architectural de Paris du XXIe siècle à nos enfants.

Merci.

M. Bernard GAUDILLÈRE, adjoint, président. - Je vais maintenant mettre aux voix le vœu n° 85.

Quel est l’avis de l'Exécutif ?

C'est un vœu présenté par M. le président BROSSAT.

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, rapporteure. C'est un avis très favorable bien sûr, je l’ai dit dans mon intervention. Je pense que le souci, la problématique de l'emploi, l'instauration aussi des clauses d'insertion sur le chantier constituent des éléments sur lesquels nous sommes très volontaristes.

Donc, avis favorable.

M. Bernard GAUDILLÈRE, adjoint, président. - M. le Maire du 15e souhaitait prendre brièvement la parole.

M. Philippe GOUJON, maire du 15e arrondissement. Une brève explication de vote, pour dire que nous soutiendrons également ce vœu, et je voudrais y rajouter également, au moins oralement, si cela ne peut pas figurer dans le vœu - cela n'a pas été concerté avant - l'appel aussi à la création d'une régie de quartier qui, grâce d'ailleurs, j'espère très prochainement, au soutien de la Ville, sera implantée dans ce quartier du 15e de façon à offrir des emplois aux jeunes en difficulté d'insertion.

M. Bernard GAUDILLÈRE, adjoint, président. - Merci.

Je mets donc aux voix, à main levée, le vœu déposé par le groupe Communiste et élus du Parti de Gauche assorti d'un avis favorable de l'Exécutif.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s’abstient ?

Le vœu est adopté. (2011, V. 94).

Je mets maintenant aux voix, à main levée, le vœu déposé par le groupe "Europe Écologie - Les Verts et apparentés", assorti d'un avis défavorable de l'Exécutif.

Monsieur CONTASSOT ?

M. Yves CONTASSOT. - Il est de règle quand même que l'on puisse présenter le vœu : on n'est pas dans un débat organisé que je sache. Donc, c'est l'article 14 du règlement intérieur qui s'applique.

Quand il est attaché, je suis désolé, il n'est pas dit qu'il était présenté contrairement à l'article 17 du règlement intérieur, l'article 14 dit que les vœux sont présentés séparément.

Je vous demande une minute et demie, pas plus, alors que j’ai droit à trois minutes.

M. Bernard GAUDILLÈRE, adjoint, président. - Je vous propose de ne pas entamer un débat de procédure avec M. CONTASSOT : nous ne serions pas de taille.

Vous pouvez présenter votre vœu.

M. Yves CONTASSOT. - Merci.

Nous avons un vœu qui vise à soutenir le point de vue de deux adjoints au Maire de Paris, de deux maires d'arrondissement, de deux anciens maires d’arrondissement et de trois anciens adjoints au Maire de Paris.

Neuf personnalités qui ont évidemment une connaissance fine de la réalité parisienne, actuelle et ancienne. Il y a trois ans, ils étaient encore en fonction… trois ans, ce n'est pas très vieux, et ils sont toujours parlementaires, que je sache, du parti majoritaire dans cette Assemblée, et ils disent très clairement dans une proposition de loi qu'il y a aujourd'hui une surproduction de bureaux au détriment des logements.

Ils citent beaucoup de chiffres que je ne reprendrai pas, mais quand on dit que les bureaux modernes sont indispensables parce qu'effectivement, les anciens bureaux ne sont pas adaptés, je cite leurs chiffres : 40 % de la production livrée en 2010 n'ont pas encore trouvé preneur… 40 % !

Autrement dit, quand on parle de surproduction de bureaux neufs aujourd’hui, je crois qu'effectivement…

Si ! Monsieur DUBUS, relisez…

Non, pas simplement.

Nous disons donc qu'ils ont tout à fait raison, qu’il y a une incapacité à faire à la fois du bureau et du logement et que la priorité - je crois que tout le monde dans cette majorité partage cette priorité -, c'est de construire du logement.

Nous souhaitons donc les soutenir et demander par voie de conséquence que la priorité soit donnée au logement et qu'une étude soit confiée à l’A.P.U.R. afin de dégager des marges de manœuvre à la hauteur des besoins pour la reconversion des immeubles de bureaux inadaptés.

Merci.

M. Bernard GAUDILLÈRE, adjoint, président. - Après la défense et illustration de M. CONTASSOT, quel est l’avis de l’Exécutif.

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, rapporteure. Un avis défavorable et d’ailleurs, je conteste les chiffres de M. CONTASSOT, et je fournirai à chacun des conseillers de Paris les chiffres exacts sur les bureaux à Paris.

Je vous remercie.

M. Bernard GAUDILLÈRE, adjoint, président. - Très bien. Merci, Madame.

Je mets donc aux voix, à main levée, ce vœu avec un avis défavorable de l'Exécutif.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s’abstient ?

Le vœu est rejeté.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DU 77.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s’abstient ?

Le projet de délibération est adopté. (2011, DU 77).