32 - 2010, DAC 281 - Signature de conventions avec l'Institut des Cultures d'Islam pour l'attribution de subventions (18e). - Montant total : 696.000 euros.

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M. Jean VUILLERMOZ, adjoint, président. - Nous passons maintenant à la 9e Commission et nous examinons le projet de délibération DAC 281. Il s’agit de la signature de convention avec l'Institut des Cultures d'Islam pour l’attribution de subventions.

La parole est à M. Hamou BOUAKKAZ.

M. Hamou BOUAKKAZ, adjoint. - Merci, Monsieur le Maire.

Mes chers collègues, dans un de ses derniers messages en tant que chef des forces alliées avant leur victoire sur les idéologies de la haine raciale que nous commémorions ce weekend, Franklin Delano ROOSEVELT a ainsi formulé un jugement d'avenir : "La seule limite à notre épanouissement de demain seront nos doutes d'aujourd'hui."

65 ans après la défaite du nazisme, les principes qui étaient ceux des alliés, ceux de la France de 1789, semblent à leur tour en passe d'être défaits de l'intérieur, défaits par nos propres doutes. Les idées universelles d’égalité, de fraternité, celles-là même qui devaient définir la France, tendent à devenir des idéaux désincarnés. Minés de doutes quant à notre modèle, nous nous sommes nous-mêmes rendus démunis face aux enjeux de notre temps.

CHURCHILL faisait observer : "Plus vous saurez regarder loin dans le passé, plus vous verrez loin dans le futur."

Souvenons-nous, il y a plus d'un siècle, en 1895, à l'époque où la France s’apprêtait à élire le docteur GRENIER, le premier et jusqu’ici le seul député musulman de la métropole, les musulmans de France avaient alors émis le vœu de disposer d'un centre culturel et d'enseignement.

Ô surprise ! Les premiers à y répondre de manière favorable furent les positivistes. La souscription qu'ils avaient spontanément initiée s’accompagnait d’un appel solennel au - je cite - "respect total et réelle sympathie envers une religion réalisant un maximum d’altruisme avec un minimum de métaphysique."

Charles MISMER, membre éminent du courant des positivistes, théoricien de la laïcité, soulignait dans ses échanges avec RENAN : "Loin d'être incompatible avec la science, la religion de Mohamed, telle qu'elle a été prêchée à l'origine, telle qu’elle a été entendue et pratiquée, telle qu’elle est encore entendue sinon pratiquée par un grand nombre de musulmans, est, de toutes les religions, la seule qui soit conciliable dans une large mesure avec la civilisation, la seule qui n'oppose pas au progrès un non possumus infranchissable."

Mieux encore, Pierre LAFFITTE, professeur au Collège de France, successeur d'Auguste COMTE, probablement la plus haute autorité des milieux progressistes de l'époque, s'enthousiasmait pour le projet de centre des cultures d’Islam en allant jusqu'à déclarer : "Moralement, l’Islam est très supérieur aux conceptions aujourd'hui en vogue parmi bien des occidentaux."

Comment ? Pourquoi la République a-t-elle pu renier ses pères ? Reléguer dans l’exclusion, souvent le mépris, ses frères venus d'ailleurs ? Comment les errements et l'ignorance crasse de quelques chefs musulmans, oublieux de leur propre culture, ont-ils pu être partagés par des responsables de la République ?

Comment a-t-on pu vouloir refaire l'unité de la norme en écrasant sa marge, bouc émissaire de tous nos maux, aujourd'hui musulmans, hier issus d'autres communautés ?

Méditons à ce sujet cette phrase lourde, très lourde de sens et d'enseignement, du député libéral belge Denis DUCARME qui s’exclamait, il y a quelques jours à peine dans un Etat menacé de scission : "L'image de notre pays à l'étranger est de plus en plus incompréhensible mais, au moins, par rapport à l'unanimité qui va s’exprimer au sein de ce parlement sur ce vote interdisant la burka et le niqab dans notre pays, il y a un élément de fierté à être belge, comme si le rejet de l'autre était le seul moyen de réconcilier la classe politique belge, le seul point d'accord entre partis wallons et partis flamands, la pierre d'angle de l'identité nationale."

Les racines de l'exclusion sont profondes, hélas ! Dès 1905, on a fait le choix, lourd de conséquences, de ne pas appliquer la loi fondatrice de la laïcité à l'Algérie, si ce n'est fictivement, presque hypocritement, par un décret de 1907 qui, de fait, en suspendait la validité hors de la métropole. Les efforts d'éducation n'ont pas suivi, le racisme et la haine, alliés de circonstance aux événements historiques, ont eu raison des principes de la République.

Oui, les cultures d’Islam sont, au même titre que d'autres courants de pensée, consubstantielles à l'histoire de la France et de Paris depuis plusieurs siècles.

C'est ce qu’ont bien compris Bertrand DELANOË et Daniel VAILLANT. Dès 2001, à rebours de ses prédécesseurs, le Maire de Paris opérait la fusion symbolique des cultures d'Islam avec les autres, déjà honorées dans la "Ville Lumière" devenue de valeur des Lumières ; posant des gestes forts, accueillant les Parisiens à l’Hôtel de Ville à l'occasion du ramadan, nourrissant le travail de mémoire d'une histoire tumultueuse par des plaques commémoratives et des noms de rue, il a réaffirmé solennellement au nom de la collectivité entière et après Victor HUGO : "Vous avez des droits sur Paris".

M. Jean VUILLERMOZ, adjoint, président. - Pouvez-vous aller vers votre conclusion ?

M. Hamou BOUAKKAZ, adjoint. - Confiant dans l’universalisme de l’identité de Paris, conscient que la pratique du culte est un droit inaliénable de chaque Parisien, il facilita dans toute la mesure du possible et dans le respect strict des lois en vigueur l'obtention du permis de construire que ses prédécesseurs avaient obstinément refusé.

Daniel VAILLANT, quant à lui, confronté à une demande croissante de lieux de culte dans le 18e arrondissement, choisît de traiter le sujet sans démagogie, tirant partie du réaménagement du quartier Château-Rouge, il a inscrit la réalisation de ce droit dans la mutation de ce quartier.

M. Jean VUILLERMOZ, adjoint, président. - Monsieur BOUAKKAZ, cela fait six minutes : pouvez-vous aller à votre conclusion, s’il vous plaît.

M. Hamou BOUAKKAZ, adjoint. - J’y viens, il y a trois projets de délibération et je vais aussi vite que je peux.

Souhaitant faire de la présence musulmane un atout et un facteur d'attractivité, il se fit le chantre visionnaire d’une offre culturelle de nature à faire reculer l'ignorance et les préjugés.

C'est ainsi que s'ouvrit en 2006, sous la supervision de Christophe GIRARD, le Centre de préfiguration de l’Institut des cultures d’Islam, véritable plateforme de dialogue citoyen et laboratoire du futur institut.

Après quatre ans d'existence, le rayonnement de ce centre a rendu célèbre le 18e arrondissement sur les berges de la Manche de la Méditerranée et de l'océan Atlantique.

Sa programmation à la fois audacieuse et centrée sur les préoccupations des habitants du 18e arrondissement en fait un lieu d'exception unique en son genre. Je ne parlerai pas ici du coût de fonctionnement particulièrement bas de cet institut ni de l’exceptionnel engagement de sa directrice, l’une des seules femmes, sinon la seule, à la tête d’un établissement public culturel de notre ville - quel symbole ! - et du personnel qui y travaille.

Aujourd'hui, nous allons délibérer pour, dans la même dynamique que depuis quatre ans, faire franchir au projet une nouvelle étape. L'association "Institut des Cultures d’Islam" prend désormais le relais pour porter l'établissement dans sa migration vers ses locaux définitifs.

Je me réjouis que son conseil d'administration comprenne plusieurs personnalités publiques autres que la Ville de Paris, que l'association soit dotée d'une grande autonomie de décision. Je lui souhaite d'avoir une vie associative riche, la qualité de son président Hakim EL KAROUI levant, si quelqu'un en avait, la moindre hésitation sur ce point.

Je le disais tout à l'heure, le 18e arrondissement...

M. Jean VUILLERMOZ, adjoint, président. - Ah ! Non…

M. Hamou BOUAKKAZ, adjoint. - Je termine en disant simplement qu'un centre américain, à New York, va être construit sur le même modèle.

DESCARTES, le penseur français par excellence, avait lui aussi connu le doute que j'ai évoqué il y a quelques minutes, celui qui ronge les convictions et les valeurs, qui pousse à l'inaction et à l'échec.

De ce doute, DESCARTES avait fait le fondement de sa pensée. Un autre, 600 ans avant lui, avait fait de même : le grand philosophe musulman Al-Ghazâlî, auteur du "doute en tant que chemin de la certitude".

Est-ce un hasard si DESCARTES s'en est inspiré ? Est-ce un hasard si la France, si Paris, en son cœur le plus intime, est un pont, un point de rencontre, une place d'échanges entre les cultures, une agora ?

Pour que l'agora devienne cité, à nous de lui bâtir une maison !

Je vous remercie.

M. Jean VUILLERMOZ, adjoint, président. - Monsieur BOUAKKAZ, votre intervention était très intéressante, mais elle a duré 8 minutes 30.

La parole est à M. Ian BROSSAT.

M. Ian BROSSAT. - Merci, Monsieur le Maire.

Chers collègues, l'Institut des Cultures d'Islam est à l'évidence un projet pertinent et juste qui répond à l'échec du quartier de la Goutte d'Or comme de la ville et de la métropole parisienne, face à une demande forte en termes de savoirs et d'art mais aussi de vivre-ensemble.

Le défi qui s'impose à nous est d'autant plus grand et plus essentiel. En tant qu'élu du 18e arrondissement, je ne peux qu'être très sensible à l'implantation de deux futurs bâtiments de l'institut au coeur de la diversité de l'Islam parisien, de ses traditions et de ses pratiques.

Il faut notamment avoir arpenté les rues adjacentes le vendredi pour se rendre compte de l'importance locale du culte et de la culture musulmane. Aujourd'hui, les conditions de prière sont néanmoins inacceptables et indignes. De trop nombreux fidèles sont contraints de prier sur la voie publique. C'est une situation d'une trop grande précarité, blessante pour de nombreux habitants du quartier. Les deux salles de prières qui accompagneront l’institut des cultures, mais relèveront d'une autre gestion de celle de la Ville, permettront d'y remédier, au moins en partie.

Depuis longtemps, la Goutte d'Or réclame que la Ville prenne en compte son indéniable apport à l'identité parisienne plurielle et complexe. En effet, s'il s'agit d'un quartier populaire depuis toujours, la Goutte d'Or est aujourd'hui un point de rencontre cosmopolite, multiculturel et vivant, un creuset véritable de ce qu’est Paris en ce XXIe siècle.

En proposant l'Institut des Cultures d'Islam ouvert sur l'extérieur, qui se veut un lieu d'échange et de culture, la Ville de Paris s'inscrit dans une démarche de vérité et de savoir. Avec l'Institut des Cultures d'Islam, nous contribuons à un changement de perception de certains Parisiens par d'autres Parisiens. Nous affirmons également la diversité et le raffinement des cultures d'Islam hier et aujourd'hui dans notre ville et dans le monde.

Il ne s'agit pas d'une réplique, dans un quartier populaire, de l'Institut du monde arabe mais d'un autre projet tout aussi vaste et vivant, mais dans un autre contexte et pour répondre à d'autres curiosités et d'autres attentes.

La création de l'association "Institut des Cultures d'Islam" et l'adhésion de la Ville sont les premières pierres symboliques de ce nouvel ensemble scientifique et culturel qui doit servir avant tout l'intérêt général de tous les Parisiens, favoriser les rencontres, la découverte et l'enrichissement mutuel, ainsi que la bonne intelligence.

Le risque, évidemment, serait qu'au lieu de rassembler, les différences s’exacerbent, ce qui doit nous inciter à la plus grande vigilance, et c'est avec tous ces éléments en tête que nous voterons avec enthousiasme ce projet de délibération.

Je vous remercie.

M. Jean VUILLERMOZ, adjoint, président. - Merci.

Je donne la parole à Mme Laurence GOLDGRAB.

Mme Laurence GOLDGRAB. - Il s’agit pour moi de présenter un amendement au projet de délibération DAC 281.

La loi du 9 décembre 1905, en opérant la séparation institutionnelle des églises et de l’Etat, a mis fin au système des cultes reconnus issus du Concordat de 1801. Elle stipule désormais que la République ne reconnaît, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte mais qu’elle assure la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes.

L'Institut des Cultures d'Islam accueillera dans ses locaux une association culturelle mais aussi une association cultuelle créée pour mettre à disposition des fidèles musulmans dans le 18e arrondissement un lieu de prière.

Les radicaux souscrivent à la démarche culturelle et scientifique poursuivie par l'association culturelle, et en ce sens la subvention de 696.000 euros que nous allons voter semble légitime.

Toutefois, pour nous, il ne saurait être question de contribuer au financement, même indirect, de l'association cultuelle qui cohabitera dans les locaux. Je rappelle que le principe de la laïcité, valeur fondatrice de notre identité républicaine, est le garant du vivre-ensemble, et il convient de le protéger.

C'est pour cela, Monsieur le Maire, mes chers collègues, qu'avec Jean-Bernard BROS et Gilles ALAYRAC, nous avons déposé un amendement à la convention d'objectifs annuelle stipulant que l'association culturelle s'engage à veiller à ce que les moyens matériels et humains nécessaires à la réalisation desdits objectifs soient indépendants de ceux de l'association cultuelle qui cohabitera au sein de l'Institut des Cultures d'Islam.

Je vous remercie.

M. Jean VUILLERMOZ, adjoint, président. - Merci, Madame.

Je donne la parole au maire du 18e arrondissement, Daniel VAILLANT.

M. Daniel VAILLANT, maire du 18e arrondissement. Merci, Monsieur le Maire.

Il y a tout juste un an, j'intervenais ici même pour me réjouir de l'adoption de la délibération relative au permis de construire du futur bâtiment de l'Institut des Cultures d'Islam. Aujourd'hui, nous franchissons une nouvelle étape avec la création de l’association "Institut des Cultures d’Islam".

Sur un projet aussi complexe et sensible politiquement, je veux tout d'abord saluer la qualité des débats au Conseil du 18e arrondissement et l'unanimité des élus, majorité comme opposition.

Des tentatives d'exploitation politicienne circulent ça et là sur Internet. Les risques de dérapage existent. Il nous faut être vigilants, mais au fond ces attaques grossières ne prennent pas, tant nous avons voulu dès le début de ce projet, être exemplaires quant au respect de la loi de 1905.

Ces attaques qui considèrent qu'avec l'Institut des Cultures d'Islam nous malmenons la loi de 1905 ne prennent pas. Ce sont les mêmes qui nous reprochent de laisser la prière s'exercer dans la rue, comme Ian BROSSAT le disait, et moi je ne fais pas reproche au Préfet de police de ne pas avoir interdit cela. Sinon, c'est le risque de la confrontation et des dérives.

La laïcité, je l'affirme d'autant plus aisément que je suis personnellement athée, et que j'ai été Ministre des Cultes pendant vingt-deux mois, la laïcité est aussi à garantir pour tous, et concernant la liberté de pratiquer sa religion et de la pratiquer dans la dignité.

Je veux rendre hommage ici à Hamou BOUAKKAZ qui nous a toujours accompagnés avec beaucoup d’intelligence, de subtilité et d’efficacité pour arriver à ce projet.

Il faut permettre aux musulmans de pratiquer leur religion, dans le respect de la loi de 1905, sans en faire un enjeu politique. C'est même le meilleur moyen de lutter contre les intégrismes.

Sur ce point, je le disais, nous sommes et resteront exemplaires. Nous avons travaillé à un montage juridique et financier novateur, et totalement respectueux de la loi de 1905.

Le projet de délibération que nous nous apprêtons à voter le prouve.

L’Association culturelle et scientifique qui est créée ne constitue en rien un alibi ou un paravent pudique de la partie cultuelle du projet que nous n'assumerions pas.

Je le dis très bien à Laurence GOLDGRAB. On peut se parler, on peut mutualiser des espaces, si on le conventionne dans la transparence et sous l'égide du Conseil que nous allons mettre en place et de l'association nouvellement installée. On ne va pas créer des murs inamovibles.

Le Centre de préfiguration qui a ouvert ses portes à la Goutte d’Or en 2006 a déjà montré la voie avec une programmation culturelle riche et ambitieuse.

J’ai rencontré la semaine dernière le nouveau président de cette association culturelle, M. Hakim EL KAROUI, et je peux vous dire combien sa motivation et ses ambitions sont grandes pour faire de l’Institut des Cultures d'Islam une institution culturelle de référence.

La partie cultuelle de l'Institut des Cultures d'Islam sera, elle, gérée par une association loi 1905 et sur des fonds uniquement privés dans des locaux qu'elle aura racheté à la Ville de Paris et qu'elle gèrera sur ses fonds propres.

L'Institut des Cultures d'Islam devra donc permettre aux croyants de pratiquer leur culte dans un lieu digne et clos, la prière dans la rue ne pouvant plus désormais être tolérée.

L'Institut des Cultures d'Islam devra parallèlement permettre aux croyants, comme aux non croyants, d’y trouver une offre culturelle inédite, d'apprendre, de se parler, de bâtir des relations. La laïcité, ce n'est pas ériger des barrières entre les uns et les autres, ce n'est pas supprimer tous liens et opposer les uns ou autres.

Je suis heureux et fier, qu'avec ce beau projet, la collectivité parisienne, qui ne finance pas de lieux de culte, favorise et mette en avant cette vision moderne et vivante de la laïcité.

Oui, j'assume pleinement ce projet et je remercie le Maire de Paris, son adjoint Christophe GIRARD, de l'avoir voulu.

Pour toutes ces raisons, j'appelle donc bien sûr à voter ce projet de délibération.

Je vous remercie de votre attention.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, radical de gauche et apparentés, Communiste et élus du Parti de Gauche et "Les Verts").

M. Jean VUILLERMOZ, adjoint, président. - Merci, Monsieur le Maire.

Pour répondre, je donne la parole à M. Christophe GIRARD.

M. BOURNAZEL interviendra après, à sa demande.

M. Christophe GIRARD, adjoint, au nom de la 9e Commission. - Merci beaucoup à Hamou BOUAKKAZ, Ian BROSSAT et bien sûr Daniel VAILLANT qui n'a pas rappelé, car il est modeste, combien on lui doit en effet ce projet.

Ne créons pas de craintes, de peurs ou de paranoïas, suffisamment de personnes s'en chargent quotidiennement. Et les musulmans ne seraient-il pas des citoyens aussi responsables que les chrétiens, les bouddhistes, les juifs, les shintoïstes, les agnostiques et les athées ?

La Ville de Paris a choisi la réalisation d’un Institut des Cultures d’Islam dans le quartier de la Goutte d’Or, au cœur d’un quartier emblématique d'une présence musulmane, qui est désormais inscrite dans l'histoire de Paris.

Le projet de l'Institut des Cultures d'Islam est novateur à plusieurs titres. C'est le premier geste architectural important depuis la construction de la Mosquée de Paris à la fin des années 20 dans le 5e arrondissement.

C'est un projet résolument contemporain, qui va doter Paris pour la première fois d'un lieu dédié à la création contemporaine en terres d'Islam dans le monde, et pas seulement dans le monde arabe.

Enfin, c'est un projet qui va permettre, tout en respectant la loi de 1905, d'offrir des conditions de prière dignes aux musulmans parisiens pratiquants.

Le Centre de préfiguration de l'Institut des Cultures d'Islam existe maintenant depuis plus de deux ans. Il a ouvert en octobre 2006 rue Léon dans le 18e arrondissement, et permettez-moi de saluer le travail de Véronique RIEFFEL qui l'anime avec cœur, passion, intelligence et talent depuis son ouverture.

Je remercie également la Direction des Affaires culturelles qui a su suivre et encadrer la préparation de ce projet.

Le centre propose une programmation diversifiée, conférences, spectacles, concerts, projections, débats, expositions photo, et accueille les veillées du Ramadan.

A partir de 2010, il est proposé de s'appuyer sur une association pour la poursuite des activités de l'Institut des Cultures de l'Islam, mais je n'en dirai pas plus parce que Daniel VAILLANT l’a très bien expliqué.

Permettez-moi simplement de saluer le choix du président Hakim EL KAROUI, 39 ans, d'une grande famille franco-tunisienne, lui-même Franco-Tunisien. Il eût un grand-père Ministre et un père Premier Ministre, de mémoire. Il est également le fondateur d'un très bon club, qui s’appelle le club "XXIe siècle" et il fut un proche collaborateur de Jean-Pierre RAFFARIN, Premier Ministre. Il est motivé, par l’ambition tant politique que culturelle du projet de l’Institut des Cultures de l’Islam.

Je vous remercie.

(Applaudissements).

M. Jean VUILLERMOZ, adjoint, président. - Il y a une demande d'explication de vote de M. BOURNAZEL.

Monsieur BOURNAZEL, vous avez la parole.

M. Pierre-Yves BOURNAZEL. - Monsieur le Maire, en quelques mots, nous voudrions nous associer évidemment, comme nous l'avons fait au Conseil d’arrondissement à plusieurs reprises et M. VAILLANT en est le témoin, de soutenir l'Institut des Cultures d'Islam.

Oui, nous soutenons l'Institut des Cultures d'Islam, parce que nous disons oui à une association culturelle, qui fasse de l’Institut un lieu d’échange et de culture, parce que nous croyons qu'à la Goutte d’Or, symbole de la diversité de Paris, à Paris, capitale universelle tournée vers le monde, nous croyons effectivement que l'Islam, deuxième religion de France, a toute sa place et que, pour nous, connaissance rime avec tolérance. Il vaut mieux connaître l'autre pour mieux échanger avec lui, pour mieux le comprendre.

Nous assumons effectivement l'Institut des Cultures d'Islam. Nous assumons cette association culturelle.

Nous assumons aussi, parce que nous sommes des laïcs, l'association 1905 qui gèrera le côté cultuel, puisqu’il y aura un financement privé.

Nous l'assumons parce que, comme l'a dit M. VAILLANT tout à l'heure, nous préférons que des musulmans soient respectés sur le territoire de la République. Nous préférons qu'ils prient dans des lieux fermés plutôt que dans la rue. Parce que quelle image a un musulman de notre pays, de notre République, lorsqu'il est obligé de prier dans la rue ? Quelle image ont les laïcs et les habitants du quartier quand ils ne peuvent plus circuler dans les rues Myrha ou Polonceau ?

Pour rassembler, comme la République doit le faire, nous soutenons aussi la vocation cultuelle et culturelle du lieu. Nous assumons les deux pleinement et nous apportons notre soutien à l'Institut et à l'association culturelle et à l’association cultuelle.

(Applaudissements).

M. Jean VUILLERMOZ, adjoint, président. - Merci.

Monsieur GIRARD, vous n'avez pas donné votre avis sur l’amendement.

M. Christophe GIRARD, adjoint, rapporteur. - Oui, mais je souhaitais laisser M. BOURNAZEL donner son explication de vote pour répondre à Mme GOLDGRAB et tenter de la convaincre, ainsi que M. BROS et M. ALAYRAC, de bien vouloir retirer leur amendement.

En effet, nous comprenons bien évidemment, comme l’a rappelé Daniel VAILLANT, ce qu'est la loi de 1905 et l'importance de la laïcité dans notre pays, et à Paris en particulier, où se côtoient tant de religions.

Cette garantie est inscrite dans la loi de 1905. Il faut que toute la loi, rien que la loi, soit appliquée : toute association est tenue de respecter la loi et il n'est pas nécessaire de l'indiquer, donc dans la convention car, comme le Maire de Paris aime le rapporter et le rappeler, il aime l'application de la loi pure et stricte.

D'autre part, l'exposé des motifs du projet de délibération rappelle très clairement cette indépendance. Je cite : "L'association culturelle et scientifique de l’Institut des Cultures d’Islam", que nous appelons l’I.C.I., aura vocation à cohabiter dans les mêmes locaux avec une association cultuelle, entièrement financée par des fonds privés et étrangère à la Ville de Paris.

Cette indépendance claire entre les deux structures, qu'il s'agisse du financement de leurs actions, de leurs objectifs ou de leur gestion, a été rappelée à plusieurs reprises dans les délibérations précédentes relatives à l'Institut des Cultures d'Islam votées au Conseil de Paris.

Elles le seront de nouveau dans les projets de délibération futurs qui vous seront soumis d'ici à l'ouverture de l'équipement en 2013.

Nous ne souhaitons pas créer des craintes là où elles n'ont aucune raison d'être. C'est pourquoi je propose à Laurence GOLDGRAB, Jean-Bernard BROS et Gilles ALAYRAC, si ma réponse a pu les convaincre et les rassurer, de bien vouloir retirer leur amendement.

M. Jean VUILLERMOZ, adjoint, président. - Merci.

Madame GOLDGRAB, êtes-vous convaincue de retirer votre amendement ?

Mme Laurence GOLDGRAB. - Oui, je remercie Christophe GIRARD de ses explications qui sont, en effet, rassurantes.

J’indique d’ailleurs que les radicaux de gauche s’apprêtent à formuler des propositions de mise en place du groupe de travail chargé de réfléchir à la création d'un Observatoire de la laïcité et nous demanderons que cet Observatoire de la laïcité, qui a fait l'objet d'un vœu unanime du Conseil de Paris en septembre 2008, soit mis en place dès 2011. Il pourrait lui-même, éventuellement, assurer cette mission de surveillance de l'indépendance des moyens matériels et humains entre l'association culturelle et l'association cultuelle.

Pour cette raison, nous allons retirer cet amendement, dans l'attente de la création de l'Observatoire de la laïcité.

M. Jean VUILLERMOZ, adjoint, président. - Merci.

Je mets maintenant aux voix, à main levée, le projet de délibération DAC 281.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté à l'unanimité. (2010, DAC 281).

(Applaudissement sur les bancs des groupes socialiste, radical de gauche et apparentés, Communiste et élus du Parti de Gauche et "Les Verts").