127 - Vœu déposé par le groupe “Les Verts” visant à élever au rang de citoyenne d’honneur de la Ville de Paris Mme Hauwa IBRAHIM, prix Sakharov 2005.

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Mme Lyne COHEN-SOLAL, adjointe, présidente. - Nous passons au vœu référencé n° 78 dans le fascicule du groupe “Les Verts” qui concerne Mme Hauwa IBRAHIM, prix Sakharov 2005.

La parole est à Mme Violette BARANDA pour le groupe “Les Verts”.

Madame BARANDA, nous vous écoutons.

Mme Violette BARANDA. - Merci, Madame la Maire.

Mme Hauwa IBRAHIM est une femme en lutte. Elle est avocate et musulmane. C’est même l’unique avocate musulmane au Nigeria opposée à la Charia, loi islamique. Mme Hauwa IBRAHIM n’a pas le droit de plaider elle-même devant la cour de justice islamique. Son tort : elle est une femme !

Ses confrères prennent donc la parole à sa place. Musulmane, pratiquante mais modérée, elle est accusée d’avoir trahi sa religion. Mais qui, sinon elle, peut prendre la défense des personnes, femmes pour la plupart - mais pas exclusivement, puisque les relations homosexuelles sont également punies par ces mêmes châtiments -, condamnées sous l’empire de la Charia à des peines atroces (lapidation, amputation, fouet) pour avoir eu des comportements stigmatisés par cette loi religieuse comme “déviants” ?

En 2005, elle a reçu, conjointement avec “Reporters sans frontières” et les “Femmes en blanc” de Cuba, le prix Sakharov qui récompense chaque année des militantes des droits de l’Homme.

Mariée à 12 ans mais femme d’une culture spécifique, cette avocate de 35 ans propose ses services bénévolement, parcourant le pays à dos d’âne.

Parce que le combat contre l’abandon de ces principes barbares passe par la lutte contre l’ignorance, terreau de l’obs-curantisme, elle milite aussi pour l’accès des plus démunis à l’éducation.

Parce que cette lutte contre les lois imposées par des hommes peut sauver des vies, elle a de longue date médiatisé son combat, mais, sans son appel à l’opinion internationale, une de ses compatriotes, Amina LAWAL aurait été condamnée à la lapidation en 2003 pour avoir accouché hors mariage. Nous étions intervenus au Conseil de Paris, d’ailleurs, pour cette jeune femme.

Parce que la révolte qu’elle mène n’est pas une révolte contingente, elle fait écho à des pratiques similaires dans un certain nombre de pays (Arabie Saoudite ou Malaisie) que subissent les femmes et les homosexuels, hommes et femmes confondus. Parce que le silence précède l’oubli et que l’oubli peut signifier en certains endroits la mort.

Le Conseil de Paris, sur proposition de Violette BARANDA et du groupe des élus “Verts” émet le vœu que Mme Hauwa IBRAHIM soit élevée au rang de citoyenne d’honneur de la Ville de Paris.

Je vous remercie.

Mme Lyne COHEN-SOLAL, adjointe, présidente. - Merci, Madame BARANDA.

Pour vous répondre, M. Pierre SCHAPIRA a la parole.

M. Pierre SCHAPIRA, adjoint. - Merci, Madame BARANDA et le groupe “Les Verts” pour votre vœu. Le problème de la lapidation des femmes au nom de la Charia, notamment au Nigeria ne nous est pas inconnu. La Municipalité parisienne a déjà mené de nombreuses actions pour dénoncer ces actes qui portent gravement atteinte aux droits de l’être humain.

En effet, dès 2002, la Ville de Paris avait participé à la campagne de sensibilisation internationale en faveur de Safia HUSSEINI et de Amina LAWAL, qui était défendu par Hauwa IBRAHIM. Avec le Maire de Paris, nous avions mobilisé tous les réseaux de villes à travers le monde et interpellé le Ministre des Affaires étrangères français et l’ambassadeur du Nigeria en France. A tel point que Hauwa IBRAHIM est venue à Paris et que je l’ai reçue en 2003 longuement avec “Avocats sans frontières” et nous avons toujours des relations et nous travaillons ensemble.

Je me suis donc réjoui de la désignation d’Hauwa IBRAHIM pour le prix Sakharov du Parlement européen avec comme vous le disiez “Les dames en blanc” et “Reporters sans frontières”. Parce que nous sommes opposés à la peine de mort, mais également parce que nous sommes attachés au principe de laïcité bafoué par des actes barbares fondés sur une interprétation particulière du fait religieux. Je souhaite effectivement proposer au Maire de Paris en concertation avec la première adjointe Mme HIDALGO de continuer notre action qui n’a jamais cessé.

Par ailleurs, je souhaite que notre organisation mondiale des villes continue à œuvrer pour cette cause auprès de toutes les instances internationales et notamment l’O.N.U. Je pense que ces mesures peuvent avoir un impact certain sur les esprits et répondre au souci des rédacteurs du vœu de prolonger l’action d’Hauwa IBRAHIM qui se bat courageusement contre le fondamentalisme, l’intégrisme religieux, l’obscurantisme et les discriminations.

Nous allons conférer à Mme Hauwa IBRAHIM le titre de citoyenne d’honneur de la Ville de Paris. J’en suis d’accord mais avouez quand même que conférer le titre de citoyenne d’honneur dans l’anonymat, comme cela à la fin d’une séance à 10 heures moins 10 minutes. Franchement, je suis d’accord pour le faire, mais le faire comme cela c’est galvauder le titre. Ce n’est vraiment pas bien.

Alors, nous le faisons, mais je ferai des propositions très claires au Maire de Paris concernant un prix de citoyen d’honneur de la Ville de Paris et que l’on remette ce prix de manière solennelle et non pas en catimini, le soir, fatigué à la fin d’une séance. C’est galvauder un titre et c’est dommage pour ceux qui le reçoivent.

(Applaudissements sur tous les bancs de l’Assemblée).

Mme Lyne COHEN-SOLAL, adjointe, présidente. Monsieur SCHAPIRA, juste une seconde pour faire voter ce vœu formellement.

Pardon, Monsieur VUILLERMOZ.

M. Jean VUILLERMOZ. - Je voudrais ajouter un mot parce que nous nous réjouissons vraiment que Mme Hauwa IBRAHIM, que nous avions reçue au groupe communiste quand elle était venue à Paris avec “Avocats sans frontières”, puisse être faite citoyenne d’honneur de la Ville de Paris. Je participe pleinement aux propos de Pierre SCHAPIRA et peut-être qu’il serait intéressant que l’ensemble des groupes soit tenu au courant des actions qui seront menées à ce moment-là.

Mme Lyne COHEN-SOLAL, adjointe, présidente. - Merci, Monsieur VUILLERMOZ.

Monsieur LEGARET, vous vouliez dire un mot ?

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Je suis sensible à la conclusion de Pierre SCHAPIRA sur le fait que ce n’est pas comme cela que l’on peut procéder avec les quelques élus, fort estimables d’ailleurs, qui restent en séance, et ce sont les meilleurs par définition. Mais vraiment le titre de citoyen ou citoyenne d’honneur doit être donné avec beaucoup de solennité. Je pense que cela ne peut se faire qu’en début de séance au moment où tous les élus sont présents. Je crois qu’il y aurait plutôt intérêt et avantage à retirer ce vœu, à le présenter à la prochaine séance de manière à ce qu’il soit présenté dans les formes qui viennent d’être évoquées. Je pense que cela donnerait beaucoup plus de poids que de le faire dans les conditions dans lesquelles nous sommes en train de délibérer à cet instant.

Je suis bien entendu prêt à voter ce vœu mais je trouve que c’est dommage. Si les auteurs de ce vœu étaient d’accord pour que l’on reporte, d’un commun accord, ce débat au début de la prochaine séance, en demandant au Maire de Paris de l’inscrire comme une affaire prioritaire à l’ordre du jour, de manière à ce que l’on ait un débat qui ait toute la dignité qui convient au titre de citoyen et de citoyenne d’honneur, cela serait préférable.

Mme Lyne COHEN-SOLAL, adjointe, présidente. Monsieur SCHAPIRA, qu’est-ce que vous dites de cette proposition ?

M. Pierre SCHAPIRA, adjoint. - Ce n’est pas moi qui ait proposé le vœu.

Mme Lyne COHEN-SOLAL, adjointe, présidente. - Non, pour l’ordre du jour, cela peut aussi être l’Exécutif qui le dit.

Mme Violette BARANDA. - C’est vrai qu’effectivement lorsque l’on a des sujets aussi importants parce que ce sont tout de même des gens qui risquent leur vie. C’est pour cela que c’est important de leur donner cela et c’est toute la dimension de ce voeu. Et c’est vrai qu’il est regrettable qu’il n’y ait plus personne quand l’on présente ces vœux.

Mme Lyne COHEN-SOLAL, adjointe, présidente. - Non, mais quelques personnes remarquables, c’est tout.

Mme Violette BARANDA. - Et beaucoup de femmes, d’ail-leurs. Aujourd’hui, c’est presque mixte et ce n’est pas souvent le cas d’ailleurs.

Ce serait bien qu’à chaque fois qu’il y a des vœux de cette ampleur, cela soit adopté en début de séance. Je suis tout à fait d’accord. Comme je le disais, c’est vrai qu’il faut absolument que l’on aide cette femme. Nous sommes une ville lumière, nous sommes la ville des Droits de l’Homme et il est vrai qu’il faut que nous le portions davantage.

Malheureusement, je ne voudrais pas que la presse reprenne ce vœu si d’aventure il n’était pas voté. En revanche, lors de la prochaine séance, l’Exécutif pourrait proposer un vœu en disant que justement nous allions créer un prix, Monsieur SCHAPIRA, et cela nous donnerait encore plus de force.

Mme Lyne COHEN-SOLAL, adjointe, présidente. - M. SCHAPIRA a la parole en réponse.

M. Pierre SCHAPIRA, adjoint. - C’est une idée que j’avais depuis longtemps, mais, malheureusement, l’administration étant ce qu’elle est c’est toujours plus compliqué qu’on ne le pense.

J’y suis favorable, peut-être pas au mois de décembre, mais en tous les cas, au début de l’année 2006, je ferai des propositions au Maire de Paris de manière à ce que l’on bloque cela avec un jury, avec les groupes politiques, bien entendu, mais avec un jury de personnalités compétentes qui puissent délibérer comme on le fait pour tous les prix de la Ville de Paris. Cela donnera beaucoup plus de solennité que si cela est fait à la sauvette.

M. Jean VUILLERMOZ. - Je suis favorable à ce que l’on vote aujourd’hui. Que les choses soient faites. Ce qui est dommage, ce n’est pas que l’on vote ce vœu alors qu’il n’y a personne en séance, c’est qu’il n’y ait personne en séance. Je suis désolé.

Qu’on le vote aujourd’hui et qu’on lui donne un retentissement suffisant. Je n’ai pas compris pourquoi Mme BARANDA exprimait des craintes que la presse reprenne ce vœu.

Mme Violette BARANDA. - C’est le contraire, que la presse allait peut-être le reprendre…

M. Jean VUILLERMOZ. - Je suis pour qu’on lui donne un retentissement qui permette que chacun des élus, chacun des Parisiens et même les habitants de ce pays sachent qui est cette femme et ce qu’elle a fait.

Mme Lyne COHEN-SOLAL, adjointe, présidente. - Merci, Monsieur VUILLERMOZ.

Je pense que nous pouvons voter ce vœu ce soir car nous sommes là pour cela et que les groupes sont représentés. Nous avons à faire notre travail, c’est-à-dire voter le vœu.

Ensuite, sous une forme que M. SCHAPIRA proposera, au prochain Conseil de Paris, nous donnerons un retentissement important…

M. Pierre SCHAPIRA, adjoint. - Pas le prochain.

Mme Lyne COHEN-SOLAL, adjointe, présidente. - A un prochain Conseil de Paris, on donnera le retentissement que ce prix mérite, la distinction que ce prix mérite et que cette femme, qui est une personnalité immense, mérite également. Nous l’avons fait ce soir, peut-être pas très nombreux, mais nous l’avons fait car c’est notre fonction de le faire.

Je mets aux voix, à main levée, ce vœu.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s’abstient ?

Le vœu est donc adopté. (2005, V. 443).